Michel Normandeau

Michel-Normandeau. ©Jean-Marie-Savard

Au fil des ans, les sujets de mes chroniques oscillent entre mes souvenirs lointains et ceux plus récents, mais je réalise la richesse des personnages contemporains qui nous entourent – ceux que nous croisons fréquemment et dont nous ignorons le cheminement et la valeur. Ce mois-ci, je vous raconte l’importance que tient le peintre Michel Normandeau dans notre paysage culturel.

En fait, c’est à la suite de sa rencontre au bureau de poste que j’ai réalisé que sa présence en cet endroit me paraissait incongrue. Après tout, c’est le peintre qui est toujours affairé à jouer du pinceau dans la montagne malgré les intempéries. Michel Normandeau est incontournable dans ma saison de ski et je suis certain, amis skieurs, qu’il l’est pour vous aussi.

Michel Normandeau est né à Montréal. Il est âgé de sept ans lorsqu’il est victime d’une maladie qui nécessite une chirurgie de quatorze heures. Il aura la vie sauve, mais il souffrira d’une perte d’audition unilatérale qui affectera son équilibre. C’est pendant sa longue convalescence qu’il commencera à s’initier au dessin, et dès lors, il réalise que sa douleur est moins intense lorsqu’il dessine.

À l’adolescence, il découvre que le sport l’aide à supporter cette douleur. La boxe lui procure une façon de canaliser son énergie et sa concentration pour oublier qu’il souffre et qu’il n’entend que la moitié du monde. Il s’entraîne au Club de Boxe Olympique sur avenue du Parc à Montréal. Il a du talent ; sa fougue et son souci de la technique (la douce science) lui permettent de s’illustrer. Michel remporte ses 30 premiers combats et il est couronné champion inter-écoles de Montréal. Mais un évènement l’affecte profondément : la mort sur le ring du boxeur Cleveland Denny face à Gaétan Hart. Michel perd alors son 31e combat et raccroche les gants.

Mais le jeune homme a toujours besoin de se dépenser physiquement, alors il se tourne vers le vélo. Il reporte l’ardeur qu’il a manifestée pour la boxe sur ce sport. Sa nouvelle passion le mène rapidement à être considéré comme un cycliste de haut niveau.

©Jean-Marie Savard

Nos vies ne sont pas des parcours rectilignes. Parfois, la vie nous fait revenir sur des choses connues, mais dont nous avions oublié l’importance. Michel, qui connaît bien notre région depuis qu’il a douze ans, vient s’établir à l’âge de 27 ans chez nous – qui deviendra son chez-lui. Les paysages changeants l’assaillent et il retrouve le plaisir de ses 7 ans : le dessin.

Il commence à peindre ce qui lui apparaît comme magnifique ; la beauté de ce qui nous entoure. On dit souvent que si l’on perd un de nos sens, un autre prendra le relais. Mythe ou réalité ? Quoi qu’il en soit, Michel voit ce que nous ne voyons plus ou très peu.

Au départ, lorsque j’ai connu Michel, ses cieux étoilés peints au-dessus de ses paysages le démarquaient. Aujourd’hui, je comprends que c’est un peu son enfance qui inspire Michel Normandeau. Ne vous leurrez pas, comme dans tous les domaines, que ce soit les sports, la science, les affaires, c’est avec l’expérience, la pratique et la passion que l’on peut s’illustrer.

Combien de fois Michel se retrouve-t-il au même endroit avec chevalet, toile, peinture à l’huile et pinceaux pour réaliser une perception tout à fait différente du spectacle qui s’offre à lui ? Michel est un artiste de la lumière. Il voit ses variations et ses effets sur la nature et il a le talent de pouvoir reproduire toute cette beauté.

Et je reviens à ce peintre que vous voyez régulièrement sur les pistes. Au début, vous êtes étonné de voir cet homme à la barbe blanchie par le froid. Par la suite, vous le signalez comme une curiosité locale aux gens qui skient sur le mont Tremblant pour la première fois. Puis vous passez sans le remarquer parce qu’il fait partie de notre paysage, ce paysage que vous croyez immuable. Sauf qu’il ne l’est pas ; il change constamment et nous avons l’immense privilège de compter parmi nous cet artiste de talent qui nous fait cadeau de la magnificence qui nous entoure.

Lorsque vous accédez au sommet en remontée mécanique, Michel a déjà atteint son poste de création à pied, son équipement sur le dos. Il est à la fois visible de tous, mais également isolé dans ce monde de lumière et de couleurs qui adoucit sa douleur toujours présente.

Aujourd’hui 12 janvier 2024, il fait -22 °C au sommet du mont Tremblant. Je passe un coup de fil à Michel, bien sûr il est fidèle au poste et bien sûr il a froid. Ah, Michel ! si j’avais ton talent, moi aussi je tiendrais tendrement un pinceau… même avec les doigts gelés.

 

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Peter Duncan

 

Peter Duncan121 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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