Le clan Goodman

Russell, Peter et Gary - les trois fils Goodman sont membres de l'équipe de la Division Laurentienne de Ski - hiver 1967-1968. ©Courtoisie

Un clan, par définition, est un groupe de gens reliés soit par un ancêtre, soit par une affinité commune. Les Goodman, dont je vous parle ce mois-ci, sont liés autant par le sang que par leur grande passion pour le ski.

De descendance écossaise, l’ancêtre des Goodman s’installe en Nouvelle-Écosse et c’est à Halifax, en 1918, que naît Aubry Goodman. Le jeune homme est brillant et il obtient son CPA à l’université McGill, à Montréal.

Si son père est un excellent joueur de cricket, Aubry, quant à lui, adore le ski et il se rend sur les montagnes enneigées des Laurentides à bord du P’tit Train du Nord. C’est d’ailleurs dans ce train mythique qu’il fera la rencontre de Joan, skieuse vive et tout aussi passionnée pour le ski que lui. Ils se marient et s’installent à Pointe-Claire. La carrière d’Aubry est en plein essor et Joan et lui fondent une famille de trois fils : Peter (1951), Russell (1953) et Gary (1954).

Il était convenu que les garçons feraient du sport : natation, escalade, football et ski. C’était l’époque des remonte-pentes où l’on s’agrippait à un câble en espérant ne pas lâcher prise. La petite famille fait ses débuts à la Marquise et rapidement, les garçons passent à l’entraînement en slalom sous les conseils de Phil Beaulieu. Ils participent aux courses disputées au Chalet Cochand. Joan et Aubry, pour leur part, s’assurent du bon affûtage des carres et du fartage des skis.

L’année suivante, tout le monde se retrouve sur les côtes 70 et 71 qui font maintenant partie des Sommets Saint-Sauveur. Aubry se lie d’amitié avec des skieurs de classe A, soit Jean-Marc Léonard, Leslie Streeter et Jim Quarles. Peter, Russell et Gary skient avec eux toutes les fins de semaine.

Le ski est en pleine croissance et bien qu’il existât des clubs de compétition pour les jeunes, ce sont avant tout les parents des skieurs qui faisaient la différence. Outre Aubry et Joan Goodman, dans les Laurentides, on pouvait compter sur les Laframboise et les Cloutier, tout dévoués au développement des jeunes coureurs. Aubry crée le club de ski « Ski Hawks » d’abord pour les garçons, puis pour les filles à partir de 1965. Un programme rigoureux d’entraînement y est offert.

En 1966, Russell et Gary se joignent au premier camp d’entraînement d’été sur le glacier du mont Hood, en Oregon, où Ernie McCulloch sera leur entraîneur. Il n’en faut pas plus pour que toute la famille s’installe à Mont-Tremblant l’hiver suivant. Entraîneur exigeant, Ernie leur trace des parcours sur la nouvelle piste Expo, où ils doivent toujours avoir contact avec la neige malgré les bosses, la glace et les roches. Ernie a toujours cru que la répétition des parcours engendrait des victoires les fins de semaine. Cette année-là, Russell devient champion junior lors des championnats de la Division Laurentienne de Ski (DLS). En 1967, Peter, Russell et Gary, grâce à leur talent et leurs résultats, deviennent membres de l’équipe de la DLS avec, comme entraîneurs, Jean-Guy Brunet et Bob Gilmour.

Pendant ce temps, leur père Aubry voyage beaucoup pour affaires en Europe. C’est l’époque où je faisais partie de l’équipe canadienne de ski alpin. Il faut savoir que durant les années 60-70, lorsque nous quittions nos familles pour la saison de compétitions, nous ne revenions au pays qu’à la fin de cette saison. Je me souviens qu’un matin de slalom à Val Gardena, lors des championnats mondiaux de 1970, j’aperçus un homme assis à ma table, alors que je me rendais à la salle à manger pour le petit déjeuner. C’était Aubry Goodman qui s’était déplacé depuis Genève, tout simplement pour me dire qu’il me soutenait dans ce que je faisais. J’étais l’unique coureur canadien présent et je me sentais un peu seul. Je connaissais cet homme digne et sympathique, mais quel grand cœur j’ai découvert ce matin-là.

En 1970, se concentrant sur la Coupe d’Europe, les trois frères Goodman feront partie du programme canadien ; Gary, dans l’équipe de développement, Russell dans l’équipe Can-Am et Peter, dans l’équipe B. Une nouvelle ère commence pour le Canada, celle des Crazy Canucks. C’est une période où l’énergie est concentrée sur la descente. Après quelques déceptions, Russell décide que cette discipline ne lui convient pas et se concentre sur le slalom. Après les jeux de Sapporo, il passe l’été sur le glacier à Whistler, souvent sans entraîneur. Il reproduit des tracés comme ceux favorisés par les traceurs européens. Il adopte aussi une façon de s’entraîner par le biais des cours en kinésiologie que suit son frère Peter. Le travail est vite récompensé. L’année suivante, il obtient beaucoup de succès en Coupe d’Europe. Au printemps de 1973, il est considéré comme un des meilleurs slalomeurs au Canada. Parmi ses bons résultats, il faut noter sa dixième place aux championnats mondiaux de Saint-Moritz en 1974. Il faudra attendre 2005, soit 31 ans, pour que Thomas Grandi – avec sa sixième place – devienne le détenteur de cette distinction.

Russell complète, comme son père, ses études à McGill. En 1979, il épouse Sarah Ellwood, originaire d’une famille de skieurs. Ils auront trois enfants : Geoffrey, Peter et Anna.

Russell et sa femme adoptent à leur tour la région de Mont-Tremblant pour vivre leur passion du ski et la partager avec leur petite famille. Les enfants ont le ski dans le sang.

Geoffrey a représenté le Canada à Topolino lors des compétitions K2. Il a gagné une médaille d’argent aux championnats FIS canadiens. Peter fera partie de l’équipe de la Division Laurentienne de Ski pendant deux ans, incluant une année au niveau FIS. Et Anna fera partie de l’équipe canadienne de ski alpin pendant neuf ans. Elle a récolté de nombreux tops 15 sur le circuit de la Coupe du monde et aux championnats mondiaux. Elle a représenté le Canada aux Jeux olympiques de 2010 à Vancouver et elle est une des rares Canadiennes à avoir remporté une victoire aux championnats américains à Squaw Valley.

Tant de beaux virages, tant de vitesse, tant de beaux résultats. Dans ma mémoire, rien n’est aussi fascinant qu’Aubry et mon père Charlie se mesurant à la Classique des Légendes de Mont-Tremblant. Pendant dix ans, ils se sont échangé la première et la deuxième place, et les voir descendre valait une médaille d’or.

 

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Peter Duncan

 

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Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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