Connor O’Brien

De gauche à droite : Louise Anne Poirier, Connor O’Brien, Gabby (Bulau) Tommy & Mike Tommy.

On a toujours dit que le talent était difficile à battre, mais le talent additionné au travail est imbattable. J’ajouterais de la détermination et vous aurez ainsi la parfaite recette du succès.

La première fois que j’ai entendu le nom de Connor O’Brien, c’était de la bouche de mon père Charles Duncan. J’arrivais d’une saison de compétition en Europe et mon père me raconta qu’un jeune garçon l’avait approché en lui disant qu’il avait besoin d’un billet pour skier. Mon père était constamment sollicité pour des billets : « J’ai oublié mon portefeuille. » ; « J’ai plusieurs enfants, ça coûte cher » ; « Je suis étudiant » … mais jamais personne n’avait dit : « J’en ai besoin ». Mon père avait senti dans la voix et l’intensité du jeune homme une certaine urgence et il me demanda de m’informer sur ce nouveau venu.

Il s’avère que ce jeune homme avait un plan et qu’il l’a réalisé. Sa mère, une Estonienne, est venue s’installer au Canada pour fuir la Seconde Guerre mondiale. Elle étudiera à McGill et deviendra la première femme diplômée en architecture. Elle contribuera à de nombreux gros projets comme Place Ville-Marie, la Place Bonaventure, la Maison Alcan et d’autres. Quant à son père, né en Irlande, il a quitté Londres après la Seconde Guerre mondiale et il viendra s’installer à Montréal comme ingénieur aérospatial pour Canadair. Ensemble, ils fonderont une famille de quatre enfants, dont Connor, né le 4 février 1961.

Monsieur O’Brien avait appris à skier en Autriche alors qu’il étudiait à Londres, et toute la famille devra s’adonner au ski. Connor dit qu’il a commencé à skier à l’âge de 2 ans. C’est sur les pentes du Mont Alouette, de La Marquise, d’Avila, de Mont Habitant, et de Vallée Bleue que l’on retrouve la famille O’Brien pendant plusieurs années. C’est à l’âge de 8 ans que Connor découvre le mont Tremblant avec le club de ski « Ski Hawks ». Comme bien des jeunes de cette époque, il se rendait en autobus sur le versant nord du mont Tremblant et passait la journée complète sur les pistes. J’ai toujours admiré les skieurs qui devaient partir à 6 h du matin pour pouvoir skier alors que moi je n’avais qu’à enfiler mes bottes pour rejoindre la montagne à 50 mètres de chez moi.

À 13 ans, Connor se joint à la Division Laurentienne de Ski (DLS) et comme membre de l’équipe, il bénéficie d’entraîneurs comme Denis Deslauriers, Rémi Cloutier et plus tard, Diane Culver. À 16 ans, il déménage dans le Vermont pour terminer son secondaire et fait partie de l’équipe Green Mountain Academy puis, alors qu’il poursuit ses études en physique au Middlebury College, il compétitionne avec l’équipe de ski du collège sur le circuit NCAA (National Collegiate Athletic Association).

Il revient au Québec où il devient membre de l’équipe du Québec. On y retrouve entre autres Paul Boivin, Mikael Tommy, Nick Wilson et Jan Splawinski. Il a la chance d’avoir comme entraîneur Piotr Jeleń, un des meilleurs entraîneurs que le Canada ait connu. Grâce à la citoyenneté de leur père respectif comme porte d’entrée, Connor et Nick Wilson décident d’aller en Angleterre pour un an afin de tenter de se joindre à l’équipe nationale de la Grande- Bretagne. Ceci lui donnera l’occasion de compétitionner en coupe d’Europe et en Coupe du monde.

Mais Connor est un jeune homme sérieux et il décide de retourner au Vermont pour terminer ses études au Middlebury College et bien sûr, pour skier sur le circuit NCAA. Le ski est une passion pour Connor et il rêve de participer aux Jeux olympiques de 1984. Pour ce faire, il retourne donc en Europe où il se taille à nouveau une place dans l’équipe nationale de la Grande-Bretagne et se qualifie pour les Jeux de Sarajevo. Connor est optimiste avant la descente puisqu’il se classe parmi les 20 premiers à l’entraînement, mais le jour de la course, une erreur le relègue à la 33e place.

Connor a le ski dans le sang et à son retour au Canada en 1985, il est choisi pour s’entraîner avec l’équipe canadienne de ski alpin comprenant entre autres : Tod Brooker, Chris Kent, Brian Stemmle et Paul Boivin. Encore une fois, il a la chance d’avoir un entraîneur exceptionnel : Germain Barrette. Mais des blessures et des résultats moyens le décident à prendre sa retraite du ski de compétition.

Encore une fois, il retourne aux États-Unis, cette fois-ci à Dartmouth College au New Hampshire, pour obtenir un MBA. Mais l’attrait du ski est toujours présent ; il devient l’un des entraîneurs de l’équipe universitaire et s’offre à l’occasion le plaisir de participer à certaines compétitions professionnelles.

Bien qu’à cette époque, je sois plus ou moins familier avec Connor, un bon ami, Michel Poirier, m’apprend que sa fille Louise-Anne (une excellente skieuse et compétitrice) va épouser Connor O’Brien. Le monde est petit ! C’est donc le 6 août 1988, à la petite chapelle Saint-Bernard, que le jeune couple convolera en justes noces.

Connor entreprend alors sa carrière en affaires à New York, où lui et Louise-Anne s’établissent. Connor travaille chez Lehman Brothers puis chez Merrill Lynch. Connor, l’homme d’affaires de New York, réussit sa carrière, mais Connor, le skieur, n’en a pas fini avec son rêve olympique. Seuls ses proches connaissent ce petit quelque chose d’inassouvi en lui.

Après le démantèlement de l’Union soviétique en décembre 1991, l’Estonie est représentée en 1992 aux Jeux olympiques d’Albertville. La mère de Connor, voyant un skieur de vitesse représenter son pays, suggère à son fils de représenter l’Estonie en descente de ski alpin aux prochains Jeux de 1994 en Norvège. Pour Connor, c’était un peu fou de retourner à la compétition après presque dix ans de retraite, plusieurs années derrière un bureau de banquier et quelques jours de ski par année.

Ce même été lors d’un voyage au Chili en compagnie de Louise-Anne, il rencontre ses deux anciens entraîneurs Piotr Jeleń et Germain Barrette. Les retrouvailles sont célébrées avec quelques bières froides, à la suite desquelles Piotr, Germain et Louise-Anne convainquent Connor qu’il devrait à nouveau tenter l’expérience olympique. Les deux amis lui offrent leur support et leurs conseils. Ils le dirigent pour l’entraînement vers la légende de ski Marc Girardelli. Et les défis se bousculent : tout d’abord, il doit rapidement obtenir sa citoyenneté estonienne, puis susciter de l’intérêt auprès du comité olympique estonien, retrouver la forme d’athlète olympique, trouver de l’équipement pour la descente – équipement qui a beaucoup changé en quelques années – et trouver un endroit pour s’entraîner et obtenir des résultats en descente pour détenir un classement FIS. Tout ça en secret parce qu’il travaille à Wall Street avec des horaires de banquier et des voyages d’affaires en prime.

Central Park devient alors son gymnase. Au début, il s’entraîne seul parce qu’il ne se sent pas à la hauteur, puis il s’entraîne avec l’équipe canadienne et avec Girardelli qui était très heureux d’avoir un compagnon pour l’entraînement à 5 h du matin à Passo dello Stelvio, en Italie. D’ailleurs, Connor affirme que Marc Girardelli et son père l’ont entraîné de façon généreuse.

Le plus gros problème pour Connor était de se qualifier pour les Jeux olympiques. Il devait obtenir un résultat en descente dans le top 500 en points FIS. Il se retrouve en décembre 1993 à Val Gardena où il fait une chute et se fracture des vertèbres le premier jour d’entraînement. Après un jour de repos, il décide de participer à la compétition, où il se classe assez bien pour se qualifier. Il retourne quelques semaines à New York pour son travail et revient à Mont-Tremblant pour la période des Fêtes. Au hasard d’une rencontre sur les pistes, Connor me dévoile son grand projet. Comme je sais que je serai à Lillehammer comme analyste de ski alpin, je lui promets de commenter sa course.

Lorsqu’il retourne à New York, il dévoile à son patron (très surpris) qu’il doit s’absenter pour quelques semaines pour participer aux Jeux olympiques de Lillehammer. Les Jeux de Lillehammer ont été les plus froids que j’aie jamais connus. Les -30 °C se succédaient jour après jour. Les conditions étaient difficiles pour toutes les disciplines disputées à l’extérieur.

En principe, en descente de ski alpin, on retrouve le podium dans les 30 premiers descendeurs et ce sont eux que les caméras suivent. Connor porte le dossard 52 et je réussis à convaincre mon réalisateur de la pertinence de diffuser la descente de ce Canadien habitant New York et qui représente l’Estonie. Les conditions d’un parcours ne s’améliorent pas avec l’usage et Connor ne terminera pas sa descente. Après la journée au micro, je tente de le retrouver et j’apprends qu’il est retourné à New York pour un rendez-vous d’affaires le lendemain. Mais ce n’est pas tout, Connor revient le surlendemain à Lillehammer pour participer aux cérémonies de clôture. Et ça, mesdames, messieurs, c’est ce qu’on appelle de la détermination !

N.B. Connor et Louise-Anne sont devenus les heureux parents de Mikaela le 24 juin 1998. Et devinez quoi ? Comme ses parents, elle est diplômée universitaire et a compétitionné en ski alpin au niveau universitaire international.

 

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Peter Duncan

 

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Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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