La dynastie qui inspira notre région

Yvan Taché. ©Courtoisie

Yvan Taché voit le jour à Saint-Jovite en 1925 et effectue ses premiers virages sur la neige à Gray Rocks. Mon père, également natif de Saint-Jovite, accompagnait tous les jeudis les jeunes amateurs de ski de l’école primaire du vieux village jusqu’à Gray Rocks. Bill Pauly, le premier directeur de l’école de ski de Gray Rocks, soutenait l’initiative de mon père de lui amener les jeunes du village pour en faire des skieurs.

Le trajet se faisait à skis puisqu’à l’époque, la neige était étalée sur la route et bien damée par la circulation des chevaux. Gray Rocks était le premier centre de ski BRT (Before Rope Tow) – (avant les remonte-pentes – NDLR) dans l’est du pays. Donc, les jeunes devaient d’abord escalader la montagne avant de glisser.

C’est à l’âge de 9 ans qu’Yvan, alias Tash, goûte à la compétition dans une épreuve de saut à skis. À 12 ans, Tash gagne toutes les compétitions intervillages et en 1940, il ajoute à son palmarès une compétition très prestigieuse en remportant La Taschereau. En 1941, lors d’une course au mont Tremblant, il fait la rencontre d’Yves Latreille de Sainte-Adèle. Ils se lieront rapidement d’une amitié qui durera toute leur vie.

En 1942, ils se mesurent l’un à l’autre pour la première fois dans la Québec Kandahar. La conscription interrompt leur carrière d’athlètes et tous deux font leur service militaire. À la fin de la guerre, Yvan et Yves se joignent à l’école de ski de Johnny Fripp au mont Tremblant. Pendant ce temps, Yves Latreille gagne les championnats canadiens et Yvan Taché remporte la Québec Kandahar.

À cette époque, le grand champion olympique français Émile Allais est l’entraîneur de l’équipe nationale canadienne et les stages d’entraînement se tiennent au mont Tremblant. Yvan et Yves s’imprègnent des conseils d’Émile Allais et en tirent profit lors de la compétition féroce avec les membres de l’équipe nationale. Puis arrive le moment charnière de la vie des deux jeunes hommes.

Émile Allais est approché par Otto Lang, directeur de la Sun Valley Ski School en Idaho, et accepte son offre. Les deux jeunes Canadiens décident alors de suivre leur entraineur et ils seront rapidement engagés à l’école de ski. Les années suivantes, ils enseignent, mais font également de la compétition. Ils se mesurent contre les équipes canadienne et américaine et raflent les podiums.

Yves se distingue dans la Harriman Cup où il termine 2e au combiné, 2e en descente et 3e en slalom. Tous deux se font remarquer, Yvan par son niveau technique et son élégance sur ses skis et Yves par sa fougue. Ils sont surnommés les « Gold Dust Twins » d’après une émission de radio populaire diffusée aux États-Unis dans les années 1920 – probablement en raison de leurs victoires et du fait qu’ils étaient tous deux Québécois.

Yvan Taché & Marie Carter. ©Courtoisie

En 1949, ils rencontrent un autre Québécois, Ernie McCulloch, lors de la course Silver Belt au lac Tahoe. Tash y terminera 2e en 1949 et en 1950. Force est de constater qu’à cette époque, les skieurs les plus « hot » étaient de chez nous. Même si les moyens de communication étaient bien différents, nous entendions à travers les branches que des gars de chez nous offraient de belles performances dans l’Ouest américain.

Pour nous, les plus jeunes, cela démontrait que nos rêves étaient loin d’être irréalisables. Yvan et Yves font partie de l’équipe canadienne lors des championnats mondiaux FIS en 1950 à Aspen, au Colorado. Malheureusement, ils ne seront pas aptes à participer aux Jeux olympiques d’Oslo en 1952 puisqu’ils enseignaient le ski et ne pouvaient donc être reconnus comme amateurs.

Yvan devient alors le moniteur des vedettes d’Hollywood, tels Jimmy Stewart, Norma Shearer, Daryl Zanuck et Janet Leigh. Il est beau, élégant, charmant et sa compagnie est très recherchée. En 1952, Yvan rencontre Marie Carter, l’amour de sa vie. Ensemble ils auront quatre garçons et deux filles.

En 1960, le jeune couple est repéré par le flamboyant Norvégien Stein Eriksen qui est le directeur de l’école de ski d’Aspen Highlands. Yvan devient le superviseur de l’école et lorsque Stein Eriksen change pour Snowmast, il le suit dans le même rôle pour finalement revenir à Aspen. Pendant l’été, il est le premier pro de golf du parcours d’Aspen et le demeurera pendant 31 ans.

On dit souvent que le ski est une petite famille. Concernant les Taché, c’est vraiment le cas. Les quatre fils d’Yvan et Marie se sont classés au niveau national. Marc (1959), membre de l’équipe américaine, participera à deux championnats mondiaux en 1982, à Schladming en Autriche et en 1985, à Bornio en Italie. Marc compétitionne sur le circuit de la coupe du monde pendant huit ans et sur le circuit professionnel pendant six ans.

Yvan Taché, vers 1950. ©Circa 1950

Un jour, Marc annonce qu’il va épouser Christine Cooper, membre de l’équipe américaine. Il est surpris d’apprendre que c’est son père Yvan qui a initié au ski les parents de cette championne de coupe du monde et médaillée olympique. Les liens d’amitié entre Yvan et mon père et ma carrière de skieur ont contribué aux rapports privilégiés que j’ai entretenus avec cette famille.

En 1965, alors que je venais de remporter le combiné de la Roch Cup à Aspen, il était naturel de s’en réjouir “en famille” chez Yvan et Marie. Lorsqu’en 1970 je remporte la descente Roch Cup, je me retrouve à nouveau chez les Taché pour célébrer ma victoire. Marc, alors âgé de 10 ans, est déjà un grand amateur de ski et je profite de cette occasion pour lui offrir mon anorak de slalom. Il m’a dit récemment qu’il le possédait toujours et cela fait 51 ans…

Ce lien est encore plus solide depuis que Marc, à son tour, a gagné la descente Roch Cup en 1980. Yvan est décédé en 2011 après une carrière remplie de succès, d’élégance et d’humour. Et toute cette belle histoire a pris souche chez nous. Notre communauté demeure un berceau de talents où les liens seront toujours tissés serré.

 

Du même auteur : L’Hôtel Mont-Tremblant, près de 120 ans d’histoire (Cliquez sur l’image)

 

Peter Duncan60 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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