L’aventure Pinoteau

De nombreux établissements hôteliers de notre région ont vu le jour grâce à de jeunes couples d’aventuriers qui furent attirés par l’industrie forestière ou eurent un coup de foudre pour la région. Ce mois-ci, nous nous attardons sur l’histoire du Manoir Pinoteau.

Le Manoir doit son existence à la chance que connut un jeune homme du nom de Lucien Pinoteau au début des années 20. Lors d’une partie de cartes (barbotte) à Montréal, celui-ci rafla la mise alors que des joueurs aguerris avaient parié de grosses sommes. Lucien Pinoteau devint tout à coup un homme riche.

Lucien Pinoteau. © Courtoisie

Il est aisé d’imaginer que les perdants n’étaient pas très heureux de ce dénouement. Des amis de Lucien lui recommandèrent donc de s’éloigner pour un certain temps et c’est ainsi qu’il découvrit la région de Mont-Tremblant.

À l’époque, Gray Rocks connaissait un franc succès en tant que pourvoirie. Lucien décida donc d’utiliser ses gains pour créer, lui aussi, une pourvoirie sur le bord du lac Tremblant.

Il redéfinit le concept et érigea un établissement luxueux doté de chambres confortables et proposa une nourriture raffinée, attirant ainsi une clientèle plus exigeante.

Il baptisa son établissement le Manoir Pinoteau. Un des points d’attrait était l’isolement de l’endroit et l’anonymat des clients. Pendant une dizaine d’années, le Manoir Pinoteau fonctionna sous le principe suivant : « Ce qui se passe au Manoir Pinoteau reste au Manoir Pinoteau ».

À l’hiver 39-40, Joe Ryan ouvrit Station Mont Tremblant. La région fut dès lors considérée comme une destination quatre saisons et, conséquemment, le Manoir Pinoteau prit de l’essor.

Graduellement, la pourvoirie s’orienta vers un tourisme plus large et une clientèle avertie recherchant des activités plein air. On y offrait tout un éventail d’activités : l’accès au lac Tremblant pour la natation et la pêche, le tennis, les randonnées en forêt et, bien sûr, la proximité du mont Tremblant.

L’arrivée des Graton

En 1942, Gilles Graton, petit neveu de Lucien Pinoteau, partit à la recherche de travail et cogna à la porte de son grand-oncle. Comme ce dernier à ses débuts, Gilles n’avait aucune connaissance en hôtellerie, mais Lucien lui donna sa chance. Travaillant et motivé, Gilles gravit tous les échelons sous la direction de Lucien.

Gille Graton. © Courtoisie

Quoique très différent de son grand-oncle, Gilles devint rapidement un atout au bon fonctionnement du Manoir. C’est en 1949 que Gilles rencontra sa future épouse, Andrée Compot, et cette rencontre provoquera un virage important dans la destinée du Manoir Pinoteau.

Lorsque Gilles et Andrée se marièrent, ils habitaient le Compot Guest House, devenu l’Auberge Sauvignon. L’endroit appartenait alors aux parents d’Andrée ; Léon et Jeanne Compot. Les deux premiers enfants du couple, Jacques et Robert, y naîtront respectivement en 1950 et en 1951.

Le couple Graton prit par la suite sous son aile le bon fonctionnement du Manoir Pinoteau. La clientèle y était fidèle et le restaurant jouissait d’une excellente réputation. Le grand responsable de la maintenance et homme de confiance de Gilles, Roméo Richer, y travailla toute sa vie.

La clientèle locale et touristique était attirée par le pianiste Gerry Souderman et le barman René Moreau. Tous deux suffisaient à remplir l’endroit. Le Manoir connut un franc succès et à la fin des années 50, Lucien proposa à son petit neveu d’en devenir propriétaire.

La petite famille s’installa au Manoir pour s’agrandir et se compléter en 1961 avec la naissance de Thomas et celle de Pierre en 1962. Gilles y établit une école de ski menée par des directeurs d’expérience qualifiés; mentionnons Bob Crook, Tommy Campeau, Mike Murphy, Guy Baervoets, Conrad Guay et, finalement, son fils, « Jacquot » Graton.

Quatre fils, quatre destinées

Les Graton sont devenus des amis de ma famille. Nous avions accès au terrain de jeux du Manoir et à tout ce que l’endroit avait à offrir. J’ai donc vu grandir les garçons.

Jacquot, grand amoureux des animaux, se promenait avec trois ratons laveurs qui le suivaient à la queue leu leu, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’hôtel. Il deviendra un entraîneur reconnu du Club de ski Mont-Tremblant et un aventurier grand ami de la faune.

Robert, très doué en compétition de ski alpin, se rendit jusqu’à l’équipe du Québec puis s’orienta vers l’administration pour aider Gilles au Manoir Pinoteau.

Thomas, l’artiste de la famille, fit carrière comme comédien pour se diriger ensuite vers la représentation d’artistes.

Pierre, un sportif talentueux et d’une personnalité attachante devint entrepreneur local.

En 1987, Gilles vendit le Manoir Pinoteau au groupe Claude et Éric Lefebvre.

Toujours amoureux de sa région adoptive, Gilles en profita pleinement. Je n’ai que de bons souvenirs de Gilles et Andrée et leurs fils me rappellent tout ce qu’il y avait de bon et remarquable en eux.

 

Peter Duncan46 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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