La Coupe du monde et Mont-Tremblant

©Tremblant.ca

La course, qu’elle soit à pied, en voiture ou en ski, éveille en nous une excitation, un sentiment que tout est possible et que peut-être nous pourrions gagner. Avouez que lorsque vous skiez avec vos amis, vous éprouvez toujours une certaine satisfaction si vous arrivez le premier en bas de la piste. C’est probablement aussi pourquoi nous aimons regarder les coureurs, les vrais, les professionnels, peu importe dans quel domaine.

Lorsque Joe Ryan a commencé son projet de centre de ski, il valorisait surtout le prestige d’en être le propriétaire. Mais quand il vînt à connaître le monde des skieurs, il comprit davantage la compétition. Étant lui-même fervent amateur de courses de chevaux et heureux propriétaire d’un étalon, il nommera la piste « Flying Mile » en l’honneur de son cheval. Dès l’ouverture du centre de villégiature, il autorisera le club des Red Birds à continuer d’organiser des courses sur les pistes comme il le faisait déjà depuis plusieurs années.

Il a fallu 44 ans d’existence de la station de ski, soit en 1983, pour que Tremblant accueille sa première Coupe du monde de ski alpin. Cette année, nous verrons la Coupe du monde féminine en slalom géant sur la piste Flying Mile.

Pour obtenir les droits d’organiser une course de la Coupe du monde, la piste doit répondre aux normes de la FIS et satisfaire les Règlements des concours internationaux de ski (RIS). À titre d’exemple, le dénivelé minimum doit être de 300 mètres. Dans le cas du slalom géant féminin à Tremblant, le départ est à 590 mètres au-dessus du niveau de la mer et l’arrivée à 270 mètres. La piste offre donc 320 mètres de dénivelé pour une longueur de 1 190 mètres, ce qui correspond aux normes.

Laurie Graham. ©Courtoisie

Le traceur de chaque slalom géant est sélectionné par un comité de la FIS parmi les entraîneurs des équipes nationales participantes. Chaque traceur a son style et son rythme. C’est un peu comme un chef d’orchestre, les coureurs doivent s’adapter au traceur comme les musiciens au maestro. Lorsque les coureurs étudient le tracé, ils doivent en comprendre la cadence et avoir une vision de ce que l’architecte de ce parcours a voulu imposer.

Bien sûr, l’équipe, dont l’entraîneur a été choisi pour tracer le parcours, est avantagée étant donné que les skieurs rencontreront moins de surprises. Par contre, la montagne peut surprendre les coureurs. La première section de la Flying Mile est abrupte et souvent glacée ; une petite erreur peut réduire la vitesse. Il est toutefois possible de la récupérer en quelques centièmes de seconde. Mais c’est sur le plat de la Flying Mile que la course peut changer. Une erreur minime peut réduire la vitesse sans aucun moyen de la régénérer… et faire perdre la course.

La géantiste qui gagnera doit être une excellente glisseuse et, pour nous qui la regarderons descendre, elle devra nous donner l’impression de flotter sur la neige. Évidemment, un vent de quelques kilomètres par heure peut influencer les résultats, particulièrement s’il est de face, de même qu’une surface glacée ou endommagée. La stratégie est de toujours accumuler de la vitesse sur chaque passage abrupt et de se laisser glisser sur les plats.

À titre d’exemple, la gagnante de la première descente de la Coupe du monde à Tremblant en 1983 fut Laurie Graham. Laurie est née en 1960 à Inglewood, en Ontario. Elle a fait ses débuts en ski sur les pistes d’Osler Bluff, à Collingwood. Laurie était une skieuse talentueuse et techniquement très solide, mais n’avait pas encore connu de victoire sur le circuit de la Coupe du monde lorsqu’elle passa le portillon de départ.

À cette époque, chez les Canadiennes, la skieuse la plus en vue était Gerry Sorensen. Le départ de la descente était au sommet de la McCulloch et l’arrivée au pied de la Flying Mile. Gerry Sorensen obtint le dossard n° 1, ce qui est habituellement une très bonne nouvelle pour une skieuse, mais la surface était glacée et ressemblait à un miroir, il était très difficile de manœuvrer et de conserver la ligne de pente. Arrivée sur le plat, elle n’avait pas atteint une vitesse suffisante pour lui permettre de glisser rapidement sur le plat du parcours. Lorsque Laurie se présenta avec son dossard n° 15, les quatorze coureuses précédentes avaient endommagé et fendillé quelque peu la glace. Laurie sut exploiter son excellente technique pour faire mordre ses skis et garder la ligne tout en générant une bonne vitesse sur la partie abrupte du parcours. Reconnue comme une excellente glisseuse, elle utilisa sa vitesse accumulée sur le plat et remportera la course. Laurie me dit que ce goût de la victoire qu’elle a connue à Tremblant lui a appris comment être une gagnante, et lui a permis de remporter de nombreuses courses. D’ailleurs, elle détient six victoires en Coupe du monde. Sa carrière impressionnante compte également trois participations aux Jeux olympiques en 1980 à Lake Placid, en 1984 à Sarajevo et en 1988 à Calgary.

Laurie sera de retour à Tremblant les 2 et 3 décembre. Quarante ans après sa victoire, elle verra la deuxième et la troisième gagnante de la Coupe du monde à Tremblant monter sur le podium.

Elle regardera sûrement l’évènement avec beaucoup de nostalgie et moi, qui ai assisté à sa victoire en 1983 et qui verrai une nouvelle génération de skieuses s’illustrer sur mon cher mont Tremblant, je serai tout simplement heureux d’être là.

 

Plus de cet auteur ? Cliquez sur sa photo ci-dessous.

Peter Duncan

 

Peter Duncan121 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

Michel Normandeau

Connor O’Brien

0 Commentaires

Laissez un commentaire

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password