Autoportrait du chêne rouge

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« Je suis un chêne rouge (Quercus rubra), le chêne le plus commun dans l’est du Canada. Mon espèce est assez abondante dans le sud du Québec, mais n’empêche, je me trouve exceptionnel. Depuis des siècles, mes ancêtres et mes congénères ont servi à fabriquer des navires, des tonneaux, des meubles et des boiseries ou à couvrir des parquets. Leur écorce a longtemps été utilisée pour tanner le cuir.

Je dresse mes vingt mètres de bois dur dans un parc. En été, de nombreux passants cassent la croûte sous ma canopée rafraichissante. Mon feuillage abondant assourdit le bruit, capte le CO2 et les particules de pollution. Je fais ma part pour l’environnement !

Les humains ne sont pas les seuls à profiter de moi. Entre mes racines, une marmotte a creusé son terrier et des couleuvres y passent l’hiver; à l’aisselle d’une grosse branche, un merle a construit son nid ; un jour, tout en haut, l’oriole a suspendu la bourse végétale qui lui sert d’abri. Dans les replis de mon écorce rugueuse, araignées, insectes et acariens cherchent à échapper à l’œil des parulines et autres insectivores.

Je sers aussi de garde-manger à une foule d’affamés. Au printemps, le nectar de mes fleurs attire une myriade d’insectes qui, en échange, les pollinisent et assurent ma production de fruits. Certains grignotent mon feuillage, mais la haute teneur en tanin de mes feuilles décourage les plus récalcitrants et limite les dégâts.

Depuis le début de ma vingtaine, l’automne venu, alors que mes feuilles lobées revêtent une teinte cuivrée, mes glands nourrissent tout un peuple de tamias, d’écureuils, de ratons laveurs et de cerfs. J’ai même vu une famille de canards colverts quitter le ruisseau tout proche pour s’en délecter. Et que dire du renard famélique qui faillit se briser les dents sur mes fruits coriaces et de l’ours qui n’en finissait plus de s’empiffrer.

Je ne compte plus ma progéniture. Bon nombre de mes descendants ont été plantés tout près par des écureuils ayant oublié leurs cachettes. Je leur en suis reconnaissant. Je ne crains pas l’avenir, avec un peu de chance, je vivrai 300 ans. »

animalium.ca

 

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Jacques Prescott

 

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Jacques Prescott est biologiste, professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et co-fondateur de l’Animalium, le musée zoologique de Mont-Tremblant. Spécialiste de la biodiversité et du développement durable, il est l’auteur de nombreux livres et articles sur la faune et la conservation de la nature. Il nous fait l’honneur de rejoindre notre équipe de collaborateurs et signera chaque mois une chronique intitulée Faune et flore. / Jacques Prescott is a biologist, associate professor with the Chair in Eco-Counselling of the Université du Québec à Chicoutimi, and co-founder of Animalium, the zoological museum of Mont-Tremblant. A specialist in biodiversity and sustainable development, he is the author of numerous books and articles about wildlife and nature conservation. He has honoured us by joining our team of contributors and will write a monthly column entitled Wildlife and Habitat.

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