Un géant aux pieds d’argile, le Grand Héron

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Immobile dans les hautes herbes, un Grand Héron (Ardea herodias) fixe la surface de l’eau, attendant patiemment le passage d’une proie. D’un geste vif, il frappe l’onde de son bec et harponne triomphalement un malheureux poisson qu’il engloutit tête première et d’une seule traite.

Le Grand Héron est l’un des échassiers les plus répandus en Amérique du Nord et peut-être le plus impressionnant. On le reconnaît à son cou en forme de S, l’envergure de ses ailes qui atteint deux mètres, ses longues pattes trainantes et son bec redoutable. Deux fines aigrettes noires ornent l’arrière de sa tête.

Dès le printemps, au retour de son séjour hivernal sous des cieux plus cléments, le majestueux oiseau retrouve la colonie qui l’a vu naître ou celle qu’il fréquente depuis plusieurs années. Sites protégés par la loi, les héronnières se trouvent sur des iles, des étangs de castor, ou sur la rive boisée d’un plan d’eau. Regroupés à plusieurs, les couples de hérons construisent en haut des arbres d’énormes nids de branches et de brindilles dont la cuvette est garnie de mousses, de feuilles et de plumes.

La nichée comprend deux ou trois héronneaux que les parents nourrissent sans relâche tout au long de l’été, franchissant parfois de longues distances pour trouver à manger. Amphibiens, poissons de toute taille et petits mammifères aquatiques composent l’essentiel du menu de ces oiseaux.

Les effectifs de ce géant aux pieds d’argile sont en diminution au Canada depuis les années 1970. On attribue cette baisse à la chute des populations de grenouilles, crapauds, et salamandres, au dérangement par l’activité humaine sur les sites d’alimentation et de nidification, à la pollution par divers contaminants et à l’assèchement des milieux humides.

Quelques autres oiseaux tels le bihoreau gris, le cormoran à aigrettes et la grande aigrette convoitent aussi les mêmes sites de nidification qui se font de plus en plus rares autour des agglomérations urbaines.

Après une journée consacrée à la pêche, le Grand Héron regagne lentement son perchoir nocturne, porté par d’amples battements d’ailes. Pour les Premières Nations, cet oiseau symbolise la sagesse et le progrès. Je ne sais trop ce qui m’impressionne le plus chez lui, mais en tout cas, je lui souhaite bonne route.

 

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Jacques Prescott

 

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Jacques Prescott est biologiste, professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi. Spécialiste de la biodiversité et du développement durable, il est l’auteur de nombreux livres et articles sur la faune et la conservation de la nature. Il nous fait l’honneur de rejoindre notre équipe de collaborateurs et signera chaque mois une chronique intitulée Faune et flore. / Jacques Prescott is a biologist, associate professor with the Chair in Eco-Counselling of the Université du Québec à Chicoutimi. A specialist in biodiversity and sustainable development, he is the author of numerous books and articles about wildlife and nature conservation. He has honoured us by joining our team of contributors and will write a monthly column entitled Wildlife and Habitat.

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