Roger Brunette : le magicien du versant nord

Il est difficile pour moi de ne pas réaliser à quel point le temps file alors que sur la montagne où j’ai grandi, certaines familles en sont à la troisième génération de travailleurs à Station Mont Tremblant.

Né en 1922, Roger Brunette, comme bien des hommes de la région, a tout d’abord œuvré dans l’industrie forestière. Il commença comme bûcheron et plus tard, il devint camionneur. Il transportait les billots coupés dans la région du lac Monroe, dans le parc du Mont-Tremblant, pour la drave sur la rivière du Diable et la rivière Rouge.

Au début de l’hiver 1956-57, il trouva un emploi à Station Mont Tremblant en qualité d’homme à tout faire. Étant donné qu’il était fiable et débrouillard, il devint rapidement responsable des installations mécaniques et des remonte-pentes sur le versant nord.

À cette époque, les centres de ski étaient équipés de remontées mécaniques de surface (T-bar, rope tows et Poma) et les télésièges étaient plutôt rares. À Tremblant, le versant sud et le versant nord n’avaient qu’un seul télésiège et à mi-pente, du côté nord, on trouvait deux T-bars qui se rendaient au sommet.

Quant au côté sud, un T-bar (l’Alpine) se rendait au sommet de la Nansen. Le télésiège du versant nord était conçu par une firme d’ingénierie américaine pilotée par M. Constam, ingénieur et ami de M. Ryan.

La technologie était américaine, mais la main-d’œuvre était locale. Les plans et les instructions étaient en anglais et Roger ne parlait que français. La traduction se faisait avec l’aide de mon père. La compréhension mécanique de Roger et l’anglais de mon père faisaient en sorte que tout fonctionnait.

Les chaises étaient jaunes sur le versant nord et vertes sur le versant sud, et ce, pour une raison fort simple.

Lorsque de nouveaux clients skiaient la montagne et qu’ils n’étaient pas très familiers avec la configuration de celle-ci, la couleur des chaises leur indiquait sur quel versant ils se trouvaient. En fin de journée, ils pouvaient ainsi se diriger vers leur hôtel avant la fermeture et éviter de faire le tour de la montagne en camion avec les employés.

Roger s’ajusta rapidement à ses nouvelles fonctions. Son dévouement au bon fonctionnement des remontées mécaniques eut comme conséquence qu’il dût travailler de longues heures au grand froid, tard en soirée. Il arrivait fréquemment que Roger doive changer le caoutchouc sur une roue de suspension qui faisait rebondir le câble.

Roger Brunette

Il devait alors s’installer sur le haut d’une tour (pylône) de télésiège alors que la température flirtait avec les -30°C/-40°C. Si le problème n’était pas corrigé rapidement, le câble pouvait sortir de sa niche et causer un déraillement de chaises.

Nous habitions à l’hôtel, à 100 mètres du télésiège, et souvent, lorsque Roger et sa petite équipe s’affairaient au travail, mon père et moi montions les rejoindre en motoneige thermos de café à la main. Nous représentions plus qu’autre chose un soutien moral.

Je me souviens d’un soir en particulier où il faisait extrêmement froid; une de ces soirées où le ciel est rempli d’étoiles et l’air est si gelé qu’on a peine à respirer. Roger était en train de défaire une roue et il travaillait les mains nues.

Le connaissant bien, mon père ne disait rien. Mais moi, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander : « Roger, où sont tes gants ? » « Comment veux-tu que je répare une @#%^! de roue avec des @#%^! de mitaines », me répondit-il ? Je compris tout de suite l’ampleur de la situation.

Roger et sa femme Lilianne (elle aussi travaillait à la montagne) ont eu cinq enfants : Pierre, France, François et les jumeaux Robert et Raymond. Tous ont suivi les traces de leurs parents et ont travaillé sur le mont Tremblant. Cette famille de chasseurs et de pêcheurs nous a longtemps approvisionnés en gibier et en truites.

La relation que mon père entretenait avec Roger se perpétua entre ses fils et moi. Et maintenant, une troisième génération de Brunette se retrouve sur la montagne.

La tradition se poursuit avec Marc, Luc et Lisanne. Lorsque je croise un membre de cette famille, on se fait un clin d’œil, celui-là même qui nous rappelle d’où nous venons et la belle histoire de Tremblant. Les plus jeunes sont le tissu qui relie le passé au présent et j’espère que toutes ces belles valeurs se retrouveront dans l’avenir.

 

Du même auteur : La famille Wheeler (première partie)  (Cliquez sur l’image)

 

Peter Duncan72 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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