René Lauzon : une bien bonne personne

© Courtoisie

Joe Ryan est venu dans la région de Mont-Tremblant lors de l’hiver 1937- 1938 en tant que prospecteur. Il était à la recherche de mines. Sa rencontre fortuite avec Lowell Thomas et son fils, Lowell Jr., l’amènera à se rendre — guidé par Harry Wheeler — au sommet du mont Tremblant. M. Wheeler ne pouvant se passer de ses fils, ce fut le jeune fils de son ami Walter Duncan, mon père Charles Duncan, qui fut le premier employé de Joe Ryan.

Imaginez-vous l’ampleur de la tâche. Construire un centre de ski alors que personne ne savait vraiment comment s’y prendre, et trouver des employés qui pourraient vous y aider tenait d’un pari fou.

Dans la région il y avait pléthore de jeunes hommes qui travaillaient à la ferme familiale et qui recherchaient autre chose pour pallier la saison morte. Ceux-ci formaient des files d’attente devant le bureau du notaire, l’église ou le forgeron. Les plus travaillant étaient connus et ils étaient rapidement engagés.

Après son service militaire, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mon père nous installa, ma mère et moi, au pied des pentes sur le versant nord. Il reprit ses fonctions de gérant de montagne, dont celle de dénicher de bons employés.

Bien que la montagne fût en activité depuis 1939, il y avait énormément de travail. Défricher de nouvelles pistes, installer des remontées mécaniques, construire des chalets et assurer l’entretien de toute la machinerie.

En 1946, toujours à la recherche d’hommes fiables, mon père fit la connaissance de René Lauzon, originaire de Lac-Supérieur. Le jeune homme, né le 4 janvier 1927, savait bûcher et il avait la réputation d’être rompu à tous types de travaux. Mon père l’embaucha et l’affecta au versant nord lui facilitant ainsi son voyagement.

Les journées étaient longues. René arrivait tous les matins avant la levée du soleil et repartait chez lui à la brunante. Le travail était dur, mais surtout imprévisible ; il apprenait le matin même ce qu’il devait accomplir. On répondait aux besoins du moment et chacun s’en accommodait.

Mais en plus de ses qualités de travailleur, René était un homme agréable. Mon père l’inclut rapidement dans ses activités de chasse et pêche et comme je l’accompagnais partout, j’appris à connaître René.

Lorsqu’adolescent, j’ai commencé à travailler l’été sur la montagne, je travaillais avec René. Une journée où nous devions monter des balles de foins vers le sommet, nous avions décidé de maximiser les voyages sur le muskeg Bombardier que je conduisais. C’était une journée très chaude de juillet et nous voulions en finir rapidement.

Nous remplissons la plate-forme en hauteur et au volant, je suis entouré de balles de foin. René et un autre travailleur sont assis sur le foin. Le tuyau d’échappement, telle une cheminée est à la verticale et il est très chaud, le foin est sec… forcément, le feu prend !

Immédiatement, René saute de la plate-forme et court vers le pied des pentes. Son compagnon frappe à grands coups sur la machine, mais je n’entends rien avec le vacarme du moteur qui couvre tous les autres bruits. C’est l’odeur de fumée qui m’alerte ; je me retourne et je vois de grosses flammes. Je serre les freins et saute de mon siège.

Nous tentons de creuser des tranchées autour du muskeg tout en jetant le foin embrasé. Pendant ce temps, René récupère deux extincteurs chimiques et réquisitionne un employé qui s’était rendu au travail à moto. Tous deux remontent la pente vers le lieu de l’incendie. Comble de malchance, une des bombonnes est vide. De plus, il vente et il faut creuser pour limiter la propagation du feu.

Je ne sais pas combien de temps nous avons combattu les flammes, mais nous étions couverts de suie, de terre et complètement exténués lorsque nous sommes redescendus. René et moi avions presque incendié le mont Tremblant. Inutile de préciser que les voyages de foin suivants furent plus sécuritaires.

René se marie en 1959 avec Gisèle Grenon. Elle est membre d’une autre grande famille de Lac-Supérieur. Ils auront trois enfants : Michel, Nicole et Brigitte.

Michel se rappelle combien son père était aimé de tous. « Il était celui que l’on pouvait appeler lorsqu’on avait besoin d’aide et le téléphone sonnait souvent. Comme René était très habile de ses mains, il faisait tout lui-même. Ayant construit sa maison, il avait tous les outils nécessaires et les rangeait dans son garage. Bien sûr, les gens venaient pour les emprunter et lorsqu’il n’était pas à la maison, il gardait le garage ouvert pour que ses amis puissent se servir. À son retour, il voyait bien qu’il manquait un ou deux outils, mais un message lui assurait que le tout serait rapporté le lendemain. Il est même arrivé qu’il constate le retour des outils sans savoir qui les avait empruntés. »

René et ses petits enfants. © Courtoisie

Michel ajoute que René était aussi un père extraordinaire et qu’il ne pouvait rien refuser à ses petits-enfants. René a passé sa vie de travailleur au mont Tremblant, il n’a jamais pris de vacances ou de congé avant sa retraite. Il adorait ce qu’il faisait et il s’entendait vraiment bien avec mon père, son patron.

Bon chasseur, bon pêcheur, il aimait la bonne bouffe.

René est décédé en 2005.

Dans la vie, il y a des gens dont on dit « c’est une bonne personne ». Pour moi, René était plus que ça ; il était une des meilleures personnes que j’ai connues.

 

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Peter Duncan

 

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Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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