Ramassez-moi cette pelure !

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Par Jeff Swystun  

En randonnée, la règle est simple : ne laissez que vos traces de pas et, ajouterais-je, tentez d’éviter cela également. Je vois souvent des gens éviter une flaque d’eau et élargir ainsi le sentier inutilement, faire des cairns (petits monticules de pierres), cueillir des fleurs sauvages et perturber ainsi la flore et la faune sauvages. Tout cela a un impact.

Jeter des déchets dans l’environnement constitue l’un des pires délits. J’ai toujours des sacs à déchets sur moi lors de mes randonnées, et il m’arrive souvent de ramasser des ordures, et ce, en toute saison. Les randonneurs ne sont pas les seuls coupables. J’ai ramassé des canettes de boisson laissées par des skieurs et des planchistes.

Je suis tombé sur un site de camping déserté qui ressemblait à la colonie de Roanoke. Les gens avaient disparu, mais y avaient laissé leurs déchets. Vu la pandémie, les citadins envahissent les parcs, ce qui n’améliore pas les choses.

Les réseaux de parcs nationaux en Amérique du Nord ont fermé des sentiers en raison d’un trop grand achalandage, de débutants qui se retrouvent dans des situations précaires, et de quantités considérables de déchets. Je ne suis pas sans reproches, loin de là. Jusqu’à tout récemment, je crachais des graines de tournesol en marchant, échappais des raisins secs ou lançais mon trognon de pomme dans la neige.

Cela me semblait « normal ». Après tout, il ne s’agissait pas d’emballages ou de canettes, mais de produits « naturels ». Des études récentes, et notamment un article publié dans Popular Science, m’ont appris que la peau d’une orange ou une poignée de mélange du montagnard jetée au sol peut causer beaucoup plus de dommages qu’on pourrait le croire. Cela pourrait prendre des années avant de se biodégrader, et mettre les animaux ou même d’autres personnes en danger.

Les restes de nourriture sont biodégradables. Lorsque l’on met quelque chose dans un bac de compostage, certaines conditions accélèrent le processus, ce qui n’est pas le cas dans la nature. En pleine nature, une peau de banane peut mettre jusqu’à deux ans à se décomposer. Et premièrement, cette peau ne devrait pas se trouver là. Il faut toujours se poser la question suivante : « Ceci serait-il là si je n’y étais pas ? »

Ces déchets ont un impact sur la faune. « Les animaux ont un odorat remarquablement plus développé que le nôtre », affirme le biologiste Jeff Marion. « Jeter de la nourriture dehors attire toutes sortes d’animaux. » Les animaux deviennent alors moins méfiants des humains, ce qui représente ultimement une menace pour eux.

« Même de toutes petites quantités de nourriture ou d’emballages d’aliments qui ne pourraient jamais sustenter un gros animal suffisent pour altérer les comportements », explique M. Marion, lequel établit des parallèles avec les chiens de famille qui quêtent de la nourriture à table à l’heure des repas. « Ce cœur de pomme ou ces nouilles renversées qui prennent un mois ou deux à se décomposer posent problème. »

La nourriture humaine rend les animaux malades, les attire dans des endroits où il y a de la circulation automobile, et bouleverse leurs habitudes alimentaires. Au parc national du Grand Canyon, des autopsies pratiquées sur 22 cerfs attirés par la nourriture, mais souffrant de malnutrition ont révélé que cinq livres d’emballages alimentaires en plastique et en aluminium obstruaient leurs intestins. Si cela ne vous a pas convaincu, pensez alors à votre propre sécurité.

De nombreux amateurs de plein air affirment qu’un ours nourri est un ours mort, car ils deviennent agressifs envers les humains. Il en va de même pour les cerfs et les ratons laveurs. Lorsque l’approvisionnement en nourriture humaine cesse, les animaux deviennent… « sauvages ». C’est alors que les ours entrent dans les chalets et ravagent les campings.

Il arrive que l’on doive abattre un animal ou le relocaliser, lui causant un traumatisme. Pour prévenir cela, rapportez absolument tout avec vous. Il ne faut rien brûler ni enterrer. Les foyers sont parmi les premiers endroits inspectés par les animaux sauvages. Apportez toujours quelques sacs de déchets ou des sacs en plastique avec fermeture à glissière pour les restes, le papier hygiénique et les emballages.

Si vous voyez d’autres emballages et des déchets alimentaires dans les sentiers, ramassez-les. Dans Popular Science, il est écrit ceci : « Alors que les mauvais comportements des individus peuvent avoir des effets cumulatifs néfastes sur l’environnement, les comportements positifs, eux, font exactement l’inverse ! »

Nous sommes des visiteurs des habitats fauniques. Il nous incombe de les protéger en adoptant des pratiques à faible impact fondées sur l’éthique « Ne laisser aucune trace ». Après tout, aimeriez-vous que quelqu’un vienne chez vous et reparte en vous laissant ses ordures ?

 

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Jeff Swystun

 

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Conférencier prolifique et écrivain, Jeff a donné plus de 115 conférences dans 25 pays. L'expertise de Jeff en matière de stratégie d'entreprise, de stratégie de marque et de marketing a mené à l'ouverture de Swystun Communications en 2012. / A prolific speaker and writer, Jeff has appeared at over 115 conferences in over 25 countries. Jeff’s expertise in business strategy, branding and marketing led to the opening of Swystun Communications in 2012. SC is a boutique agency focused on the intersection of business and brand strategy.

2 Commentaires

  • Patrick Auger Reply

    février 16, 2021 at 8:47

    Cette année, au parc de La Jacques-Cartier, les Martes ont été appâtés et nourris par l’humain. Elles sont maintenant moins craintive et s’approchent des randonneurs pour obtenir de la nourriture. On voit encore trop souvent des gens nourrir les mésanges en randonnée. Ce n’est pas leur rendre service. J’ai même été banni d’un groupe Facebook de randonneurs de la rive-Nord pour avoir poliment mentionné qu’il était préférable d’observer la faune de loin. C’est pour dire qu’il reste beaucoup de sensibilisation à faire.

    Bravo pour l’article.

    Auriez-vous la référence du Popular Science?

    Merci

    • Tremblant Express Reply

      avril 14, 2021 at 12:01

      Bonjour, Popular Science a été cédé à North Equity en octobre 2020. Vous pouvez poser vos questions à Cathy Hebert : cathy@northequity.com
      Bien cordialement. Trex

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