Printemps norvégien

© Robin_Anderson

 

 

Yves Payer ne fait pas les choses comme les autres. En avril, alors que la neige recouvrant les montagnes de l’est du Canada se retire graduellement et qu’un brin de chaleur flotte dans l’air, les Québécois ont tendance à s’envoler dans le Sud, question de se retrouver les deux pieds dans le sable des Caraïbes, sirotant un cocktail tropical bien fruité. 

Yves, lui, prend le nord – l’extrême nord – jusqu’à la limite septentrionale de la civilisation humaine. Dès qu’avril se pointe, il fait son pèlerinage annuel. Sa destination : le nord de la Norvège, bien au-delà du cercle polaire arctique. Pas de sable chaud pour lui ; cherchant à prolonger l’hiver, il carbure à la poudreuse norvégienne.

On comprend facilement pourquoi. Ponctuée de fjords, la Norvège arctique offre un panorama d’une beauté saisissante. Un décor grandiose où des montagnes aux pentes raides et aux falaises dentelées jaillissent de l’océan turquoise pour se dresser vers un ciel d’un vert bleuté. Et comme les journées allongent en avril, l’endroit profite d’au moins 14 heures de clarté. L’effet réchauffant du soleil aide à stabiliser la neige, qui, en plein hiver, s’avère propice aux avalanches.

Sommets ondulés nappés de neige éternelle, couloirs abrupts, bols alpins géants, glaciers – l’arrière-pays norvégien offre aux skieurs une infinité de possibilités.

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« C’est un endroit vraiment spécial pour moi », soutient Yves Payer, une appréciation que partageait aussi la légende canadienne du freeski, JP Auclair. Décédé en 2014, Auclair adorait skier et filmer à cet endroit.

Au moins deux éléments majeurs de sa vie ont guidé Payer vers la Scandinavie. D’abord, marié à une Suédoise, il a vécu cinq ans en Suède. Et, étant entraineur de l’équipe de course de la division laurentienne, il excelle non seulement en ski, mais également en tant que leader. Du coup, guider des groupes dans le cadre de voyages de randonnée alpine, c’est le type d’opportunité qui tombait vraiment dans ses cordes.

Il y a trois ans, Payer fut témoin de l’énorme potentiel que présente l’Arctique norvégien pour les skieurs. Ayant contacté un copain suédois afin qu’il lui suggère un guide pouvant l’accompagner dans un secteur qui l’intriguait, il fit équipe avec Robin Andersson, un Suédois de Kiruna qui connaissait bien la région. Ensemble, ils partirent donc vers le nord de Narvik, une petite ville portuaire du nord de la Norvège.

Suite à une longue ascension, une vaste étendue de neige profonde s’ouvrit devant eux. De l’autre côté, une descente vertigineuse plongeait directement dans l’océan. Entre deux gigantesques pyramides de granit, un long couloir sinueux de 1000 mètres rejoignait la mer. Impressionné, Payer n’en revenait pas – où, ailleurs dans le monde, peut-on trouver une descente comme celle-là ? Emballé par l’expérience, il embaucha Andersson pour guider ses troupes lors de ses prochains voyages.

Ce genre de terrain attire aussi de nombreux Français skiant à des stations comme Chamonix, l’épicentre mondial des dénivelés extrêmes. Souhaitant terminer la saison en force, ils s’offrent quelques descentes norvégiennes pour s’éclater à fond, puis accrochent leurs skis et passent en mode alpinisme. Si les skieurs de Chamonix qualifient le secteur d’incontournable, alors on peut confirmer que la région est véritablement une destination extrême.

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Et c’est aussi beaucoup plus. Dévaler le terrain en casse-cou ne s’inscrivant pas dans le plan de match de Payer, c’est le potentiel énorme que présente le terrain qui l’attire. « Si vous voulez frôler le danger et skier les pentes raides, oui, mais vous pouvez aussi y aller plus mollo… Il y a de tout. » L’objectif ultime n’est pas de prendre des risques, mais de « skier dans un endroit vous procurant beaucoup du plaisir, tout en étant capable de vous pointer au souper. » On vise la convivialité d’une soirée au chalet plutôt que l’austérité d’un corridor d’hôpital.

Les forfaits de randonnée alpine qu’organise Payer en Scandinavie ne sont pas commerciaux, au sens propre du terme. Bien qu’il en fasse la promotion sur son site Web – skiperformance.ca – il se fie surtout au bouche-à-oreille, laissant savoir à ses amis et associés, les dates de ses prochains périples. Un groupe comporte généralement de 10 à 12 participants.

Voici à quoi ressemble l’itinéraire d’une semaine : les deux premières journées se déroulent à Riksgränsen, une station située à la frontière de la Norvège ; on chasse les effets du décalage horaire et on se met en jambes afin de préparer le corps à l’effort vigoureux des journées à venir. Ensuite, direction Svensby, un petit village norvégien niché au pied des Alpes de Lyngen, dont le sommet culmine à 1600 mètres d’altitude. Et, pour souligner l’arrivée au chalet, une petite saucette dans la mer s’impose – un rafraîchissant six ou sept degrés Celsius !

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À 30 minutes de voiture du chalet, les options abondent : plus de 120 sommets sont accessibles. Des montagnes « accueillantes », soutient Payer. Chacun y trouve son compte. À ce stade, le groupe se divise habituellement en deux – Payer et Andersson, le second guide, se partagent les tâches –. Les deux groupes abordent la même montée, mais le plus explosif emprunte une ligne de descente au défi plutôt corsé, tandis que le plus relaxe opte pour un tracé moins musclé.

Après une longue montée, le dénivelé d’une descente typique se situe entre 300 et 600 mètres. Presque tout le terrain se déploie au-dessus de la ligne des arbres, puisque ces derniers ne s’élèvent pas à plus de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un scénario pouvant présenter des difficultés lors de conditions de visibilité réduite, mais qui n’inquiète nullement Payer ; avec la mer à la porte du chalet, la pêche devient l’activité optionnelle.

« Il y a toujours un endroit où on peut skier », ajoute Yves Payer. Et un endroit où nager, comme le font parfois ses clients. Au printemps, une eau un peu plus froide que celle des Caraïbes, mais on s’y attend quand on s’envole vers le Nord plutôt que vers le Sud.

 

Peter Oliver9 Posts

Journaliste et éditeur depuis – selon ses dires – bien trop longtemps, Peter verra son travail publié dans de nombreuses publications majeures en Amérique du Nord, notamment en tant qu'auteur prolifique pour Skiing magazine dans les années 1980 et 1990. Il est l'auteur de sept livres sur le ski, le vélo et les voyages outre-mer. Skieur depuis l'âge de sept ans, il est venu skier à Tremblant pour la première fois avec sa famille en 1964. Aujourd'hui, il enseigne le ski de fond à Ole's Cross Country Centre, près de sa maison dans la vallée de la rivière Mad, au Vermont. / Peter Oliver’s work has appeared in numerous major publications in North America, most notably as a prolific writer for Skiing magazine in the 1980s and 1990s. He is the author of seven books on skiing, cycling, and international travel. He has been a skier since the age of seven, and first came to Tremblant on a ski vacation with his family in 1964. Today, he spends more time cross-country skiing than downhill skiing, and teaches cross-country, skate skiing in particular, at Ole’s Cross Country Center near his home in Vermont’s Mad River Valley.

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