Nourrir la planète ou la communauté ?

Julien Clot, fermentier & permaculteur. © Guillaume Vincent

Le dictaphone surchauffe et le crayon s’essouffle, Julien Clot est intarissable. Sur ses terres familiales à Labelle, il disserte avec volubilité sur l’avenir de l’alimentation planétaire. Comment les humains vont-ils s’alimenter dans 20, 30 ou 40 ans ? Et pourront-ils simplement s’alimenter ?

Celui qui se définit comme fermentier et permaculteur est le fondateur de l’entreprise SymbiOse Alimenterre. Le jeu de mots est évocateur et la définition du mot symbiose est elle-même très riche en enseignement et orientation : « association durable et réciproquement profitable entre deux organismes vivants ». Quelle relation entretient l’humain avec la Terre-Mère ?

« Une relation distante », prétend Julien. Selon l’UPAQ, 42 000 Québécois ont fait de l’agriculture leur métier, soit 0.5 % de la population du Québec ! À peine 5 % de la superficie totale du Québec est zonée agricole (gouv.quebec). En France, c’est 52 % et aux États-Unis, 45 % (Banque mondiale).

Un mode de production déficitaire

De plus, l’efficacité énergétique pour produire de la nourriture a fortement diminué. En 1940, 1 calorie fossile produisait 2.4 calories alimentaires. Aujourd’hui, il faut 7 à 10 calories fossiles pour produire 1 calorie alimentaire et jusqu’à 20 calories dépensées en hydrologie pour 1 calorie alimentaire (M. Dufumier, chercheur agronome).

« On produit de façon industrielle pour nourrir les masses, explique Julien. Sans accès au pétrole, on ne pourrait pas se permettre ça. Les gens se nourrissent sans se préoccuper de leur alimentation. On a assez de calories pour la journée et ça ne coûte pas cher. En cas de maladie, il y a la pharmacologie. Sans parler des autres conséquences comme l’amoindrissement de la biodiversité, l’érosion, la perte de fertilité des sols et le débordement des engrais dans les cours d’eau. »

Julien Clot et ses collègues fermiers de famille de la région croient qu’il faut repenser la production alimentaire à échelle humaine : nourrir la communauté plutôt que les masses. Pour cela, il faut apprendre aux gens à se réapproprier la capacité de produire et de participer à leur alimentation. C’est ainsi qu’il définit la souveraineté alimentaire.

La célébration du kimchi

Ceci étant, quel rôle joue le kimchi dans cette argumentation ? Il s’agit d’un mets traditionnel coréen composé de chou, piments, carottes et radis blanc lacto-fermentés quelques semaines dans la saumure. La fermentation est un mode de conservation, mais c’est aussi un processus qui produit des vitamines et des bactéries bénéfiques pour le système digestif et le système immunitaire. Pour le décrire, on aime parler d’un aliment vivant. On peut le consommer sur son burger, en salade, avec du riz.

Depuis plusieurs années, à la fin des récoltes, en octobre, les membres de la communauté des Hautes-Laurentides sont invités à la ferme pour causer et créer des liens et surtout, participer à la production du kimchi. Chacun choisit un poste de travail : couper les légumes, émincer, ajouter le sel, brasser… Pendant la pause du dîner, Julien fait une présentation théorique des principes de la fermentation. À la fin de la journée, chacun est payé en nature et reçoit un pot de kimchi par heure travaillée.

Cette activité éducative et ludique intéresse les parents comme les enfants et leur donne le goût de faire un jardin. Un pas vers la souveraineté alimentaire, la production et la consommation locale, le tout à plus faible coût en énergie et avec des pratiques régénératives des sols. Pour Julien, il s’agit d’une économie régénérative ; de l’isolement à la communauté ; de la consommation à la production. Le kimchi est un moyen d’apprentissage et un symbole : le ferment entre l’humain et la terre qui le nourrit.

 

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Daniel Gauvreau

 

Daniel Gauvreau42 Posts

Récréologue et journaliste de formation, tour à tour organisateur, formateur, consultant, chroniqueur et traducteur dans le milieu du plein air, Daniel Gauvreau est passionné d’activité physique en extérieur. De retour d’un périple au Québec et en France, il a choisi les Hautes-Laurentides pour satisfaire son amour de la nature. Semi-retraité, moniteur de ski de fond à SFMT, son expérience profite désormais aux lecteurs de Tremblant Express. Recreation professional and journalist by education, organizer, trainer, consultant, columnist and translator about the outdoors by experience, Daniel Gavreau is passionate about physical activity outside. Following a trip through Québec and France, he chose the Hautes-Laurentides as the place to satisfy his love of nature. Semi-retired and teaching cross-country skiing with SFMT, he now offers his experience to Tremblant Express readers.

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