Lucile Wheeler : la Tremblantoise qui inspira des générations de skieuses

Née le 14 janvier 1935 à Saint-Jovite, Lucile Wheeler commence à skier dès l’âge de deux ans. Il n’y a là rien d’étonnant. Son père, Harry, est le propriétaire du centre de ski Gray Rocks. Rapidement, son talent de glisseuse est remarqué et à l’âge de dix ans elle commence sa carrière de compétitrice. Le père de Lucile engage successivement deux célèbres skieurs autrichiens comme entraîneurs ; Herman Gadner et Hans Falkner.

En 1946, Lucile participe à sa première compétition internationale à Lake Placid ; la Kate Smith Invitational. Suivront notamment, à Stowe, au Vermont, la North American Championships et à Mont-Tremblant, la Taschereau, où mon père, Charlie Duncan, sera son entraîneur en 1948, m’a confié Lucile. À cet effet, au fil des ans, elle sera entraînée par Bob Richardson (ancien coureur), Johnny Fripp (directeur de l’école de ski du mont Tremblant) et Ernie McCulloch (ancien coureur et directeur de l’école de ski du mont Tremblant).

Son père encouragera et soutiendra la passion de Lucile. Il faut dire qu’il a lui-même participé aux Jeux de Lake Placid en 1932 dans la compétition de course de traineaux à chiens (sport de démonstration). En 1948, Lucile et son père traversent le pays en train et se rendent à Banff, en Alberta, pour les championnats canadiens. Ils sont accompagnés de l’entraîneur de Lucile ; Ernie McCulloch.

Parmi les autres compétitrices présentes, nommons Rhoda Wurtele, Joanne Hewson et Rosemarie Schutz. En 1949, Lucile se rend en voiture à Sun Valley, en Idaho pour la Harriman Cup et à la Roch Cup d’Aspen, au Colorado. Cette fois, son père, Bob Richardson, John Clifford et Ernie McCulloch l’accompagneront. La jeune fille, alors adolescente, en profitera pour développer sa technique et trouver sa place parmi les grands skieurs du moment.

En route vers les Jeux

En 1952, alors que j’étais un petit garçon de huit ans, j’avais vu à la télévision Tony Sailer ; un futur grand champion. Je me dis que plus tard, je ferai la même chose. J’ignorais qu’à quelques kilomètres de chez moi, Lucile Wheeler s’apprêtait à devenir une grande championne. En effet, en 1952, alors qu’elle avait 17 ans, Lucile devint membre de l’Équipe olympique canadienne pour les Jeux d’Oslo, en Norvège.

Après cette première expérience olympique, les parents de Lucile lui demanderont de faire une pause pour terminer ses études secondaires au High School de Sainte-Agathe. Évidemment, cela représentera un sacrifice pour elle, mais elle saura reconnaître rapidement qu’ils ont raison.

Une première médaille olympique

Lucile Wheeler, médaillée d’or aux Championnats du monde 1958, Badgastein, Autriche. ©Courtoisie

Lorsqu’elle retourne sur ses skis en 1954-55, Lucile s’installe à Kitzbühel, en Autriche, et Pepe Salvenmoser devient son entraîneur. Fait intéressant, à cette époque, les femmes compétitionnent à Kitzbühel et Lucile, ainsi que sa coéquipière Joanne Hewson, y participeront.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les courses de ski de haut niveau sont organisées par les clubs des centres les plus huppés des pays alpins. Ces courses attirent les meilleurs talents des équipes nationales.

Lucile fait la tournée des grandes courses classiques : l’Arlberg Kandahar, Kitzbühel, Grindelwald et Parsenn Derby. S’y ajouteront les championnats nationaux des pays alpins ; l’Italie, la Suisse, la France, l’Autriche et l’Allemagne.

Alors qu’elle se prépare pour les Jeux olympiques à Cortina D’Ampezzo, elle obtient d’excellents résultats. Elle se taille une bonne réputation et parvient à obtenir un pointage FIS de coureur qualifié pour les compé-titions de calibre international.

Le travailportera ses fruits, puisqu’en 1956, elle deviendra la première nord-américaine à remporter une médaille olympique (bronze) en sports d’hiver.

À son retour des Jeux, elle vint visiter l’école que je fréquentais à Mont-Tremblant. Bien entendu, elle nous montra sa médaille et nous adressa la parole. Je faisais déjà de la compétition à ce moment-là et elle confirma par sa réussite que mon rêve olympique n’était pas si farfelu.

Des succès marquants

En hiver 1957-58, dernière année où les femmes compétitionneront à Kitzbühel, Lucile remporte la course. Cette même année, aux championnats mondiaux à Bad Gastein, elle rafle deux médailles d’or, soit en descente et en géant ainsi qu’une médaille d’argent au combiné.

Avec ses succès, elle marquera le ski féminin au Canada. Grâce à son exemple, une dynastie se créera. Anne Heggtveit, Nancy Green, Betsy Clifford, Kathy Kreiner, Gerry Sorensen, Karen Percy, Mélanie Turgeon… chacune de ces championnes a été influencée par le succès de sa prédécesseure, et le tout a commencé avec Lucile Wheeler. À la fin de cette saison, Lucile décidera de prendre sa retraite de la compétition.

Il faut savoir qu’à l’époque, les options des coureurs étaient limitées. Il s’agissait littéralement de sport amateur et le support commercial était interdit. À son retour des championnats mondiaux, le village de Saint-Jovite voulut lui faire cadeau d’une voiture. Elle dû refuser parce qu’elle aurait été disqualifiée et sa médaille d’or serait passée à l’Américaine médaillée d’argent. Dénuées de revenus, les carrières étaient donc plus courtes et les coureurs devaient éventuellement réintégrer « la vraie vie ».

Lors d’un gala en 1958, où elle sera proclamée athlète canadienne par excellence et recevra le trophée Lou Marsh, elle rencontrera Kaye Vaughan, un joueur de football de la ligue canadienne. Kaye est natif de Tulsa, en Oklahoma et tient la position de joueur de ligne offensif pour les Rough Riders d’Ottawa. Gagnant de la Coupe Grey et membre des Temples de la renommée du sport d’Ottawa, du football canadien et du sport de Tulsa Oklahoma, Kaye est lui-même un joueur vedette.

De grands honneurs pour une grande dame

Lucile et Kaye sont mariés en janvier 1960, au Lac- Mercier, par le curé Deslauriers et ils s’installent à Ottawa. Ils auront deux enfants : Myrle (1961) et Jake (1963). En 1967, la petite famille déménage dans les Cantons-de-l’Est où Kaye sera engagé comme directeur des sports au Massey Vanier High School.

Tout au long de sa vie, Lucile recevra de nombreux honneurs. Elle sera notamment intronisée au Temple de la renommée du sport canadien en 1958, du ski canadien en 1982, au Panthéon des sports olympiques en 1976 et elle est également Membre de l’Ordre du Canada depuis 1976. Toujours impliquée et présente lors des différents évènements relatifs au ski, Lucile demeure un modèle pour la nouvelle génération.

Au fil des ans, une solide amitié s’est développée entre nous, car nous faisions partie de la même grande famille du ski. Peut-être la rencontrerez-vous cet hiver sur les pistes de Owl’s Head dans les Cantons-de-l’Est. Elle est facile à reconnaître, c’est la skieuse qui valse sur la neige.

 

Du même auteur : La famille Saint-Louis (Cliquez sur l’image)

 

Peter Duncan54 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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