La mémoire procédurale dans l’apprentissage du ski alpin

© Gary Yee (garyphoto.ca)

La situation suivante vous est sûrement déjà arrivée. Vous conduisez votre voiture sur un trajet que vous réalisez régulièrement. À moitié chemin, vous vous rendez compte que vous avez accompli tout ce trajet sans vraiment en être conscient. Vous étiez ailleurs. Probablement étiez-vous en train de penser à votre horaire de la journée ou à l’endroit de vos prochaines vacances d’hiver.

Pourtant, vous avez effectué tous les arrêts et respecté scrupuleusement le Code de la route. Nous faisons alors appel à la mémoire procédurale. À force de répéter le même trajet, le cerveau encode la séquence d’actions nécessaires à l’accomplissement de cette tâche. Ceci s’opère de façon totalement inconsciente.

Le skieur d’élite sollicite aussi cette mémoire lorsqu’il réalise une série de virages en course, absorbe plusieurs bosses en quelques secondes en ski acrobatique ou exécute un saut complexe dans le parc à neige. Le cerveau analyse tous les paramètres en une fraction de seconde afin d’effectuer les gestes appropriés sans que nous en soyons conscients.

Ceci nous permet de nous concentrer sur d’autres opérations telles qu’anticiper les actions à venir en sélectionnant la stratégie pertinente à choisir. Évidemment, ce n’est pas le bon moment de penser aux prochaines vacances ! Il est de notoriété qu’un athlète d’élite doive cumuler environ 10 000 heures d’entraînement afin de devenir un maître de son sport.

Toutefois, il n’est pas nécessaire d’y consacrer autant de temps pour automatiser les comportements adéquats en ski alpin. Nous devons néanmoins considérer trois dimensions très importantes durant l’entraînement. Par exemple, pour optimiser l’action de carver des virages, votre entraînement doit prendre en compte :

L’engagement cognitif : nous devons saisir ce que nous essayons d’accomplir. Dans l’exemple qui nous intéresse, c’est de découper le virage sur la carre du ski. Nous devons aussi comprendre la logique derrière le geste technique que nous tentons d’exécuter pour le reproduire dans différentes conditions (la vitesse, le type de neige, le degré de la pente…).

D’être psychologiquement (émotionnellement) prêt à s’impliquer dans l’action : si je demande à mon athlète d’entamer un virage carvé sur une piste abrupte et glacée, il devra avoir acquis le geste dans un environnement plus facile d’abord. Sinon, l’exigence affective peut être trop élevée pour qu’il puisse effectuer l’action en toute confiance.

D’accéder aux gestes moteurs : l’athlète doit se concentrer sur des repères externes et internes à son corps afin de résoudre le bon enchaînement de gestes. Dans notre exemple de carver dans une piste abrupte, il doit s’équilibrer sur le ski extérieur, engager son corps à l’intérieur du virage, créer les angles appropriés avec les articulations des hanches, genoux et chevilles (contrairement à la croyance populaire, ceci ne se réalise pas en séquence, mais bien dans un tout) et transiter vers le prochain virage.

La condition physique est aussi déterminante à la réussite de la tâche. Ce sont les trois dimensions de l’apprentissage de Joan Vickers. Ces trois facteurs s’inscrivent également dans les six étapes de la pratique délibérée de Anders Ericsson. L’enchaînement des gestes devra être répété plusieurs fois en respectant ces trois dimensions.

Afin que le tout devienne automatisé, la gestuelle devra d’abord être consciente. Le virage se réalisera lentement au début (réaliser à environs 3-4 seconds par virage). Lorsqu’il sera bien perfectionné, le même virage pourra s’effectuer en 1,5 à 1,2 seconde (virage de slalom). Si la séquence est défaillante et qu’elle doit être corrigée, on doit alors déconstruire le geste et recommencer les étapes.

Ceci peut prendre encore beaucoup de temps. C’est pourquoi il est très important d’être rigoureux et engagé dans l’entrainement avant que la mémoire procédurale ne prenne le relais.

 

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Jocelyn Huot

 

Jocelyn Huot20 Posts

Entraineur Chef du Club de ski Mont-Tremblant Entraineur Niveau 4 certifié FESC / PNCE Niveau 3 de l'Alliance des moniteurs de ski du Canada Formateur pour Alpine Canada depuis 2007 Head coach of the Mont-Tremblant Ski Club Leve 4 FESC/PNCE – certified coach, Level 3 CSIA/AMSC – certified instructor

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