La famille Millette

Benoit, Luc & Monique Millette. ©Courtoisie

On parle souvent du courage de nos ancêtres, mais il faut également y ajouter leur optimisme. Ils quittaient un endroit familier pour s’établir en territoire inconnu avec la conviction que tout irait mieux.

En 1877, Odilon Millette, sa femme et leurs douze enfants quittent Saint-Jérôme pour s’établir au nord de la montagne La Repousse qui deviendra plus tard Saint-Faustin.

Le quotidien est très occupé. Il leur faut défricher, couper du bois, construire une maison, élever des animaux, cultiver la terre — tous ces travaux dans le seul but d’être à l’abri, de nourrir la famille ; de vivre en somme.

En 1922, Odilon junior et sa femme Amanda Doré prennent la relève et deviennent propriétaires de la terre située au cœur du village de Saint-Faustin. Cette terre se compose en grande partie d’une érablière et jusqu’ici, c’était la famille qui bénéficiait du produit de l’érable. Mais Odilon Jr. rêve du jour où sa famille exploiterait le potentiel commercial de l’érablière.

Jacqueline & Gérard Millette. ©Courtoisie

En 1945, il vend la terre à son fils Gérard qui s’y établit avec sa femme Jacqueline Levert et leurs six enfants : Gilles, Louise, Luc, Monique, Michel et Benoît.

Ce n’est qu’en 1955, que Gérard organise son premier party en plein air pour un groupe de raquetteurs de Sainte-Agathe qui viennent se sucrer le bec.

L’expérience est positive et en 1957, Gérard et sa femme Jacqueline décident de construire une cabane à sucre sur la route 11, où il n’y a ni eau courante ni toilettes. Mais qu’à cela ne tienne, ils décident que tous les membres de la famille contribueraient au travail. Ils quittent leur maison et s’établissent à la cabane le temps de la saison des sucres.

Luc Millette n’a que de bons souvenirs de cette première expérience, mais pour ses parents, il était impératif qu’une conduite d’eau se rende à la cabane. Ils en font la demande à la municipalité qui leur répond que pour un seul payeur de taxes, le coût est disproportionné. Gérard donne donc un terrain à Gérard Ouimet de Sainte-Rose sous condition qu’il y construise immédiatement une maison. C’est ainsi que la cabane à sucre sera reliée au service d’aqueduc.

Ainsi, lorsque la famille s’y établit pour leur deuxième saison des sucres, la vie y sera plus agréable. Gérard tenait absolument à ce que l’exploitation de la cabane soit une affaire familiale. Tour à tour, les enfants ramassaient l’eau d’érable, travaillaient à l’accueil, au service aux tables, faisaient la vaisselle et le ménage.

Pour moi, cette érablière faisait partie intégrante du paysage de Saint-Faustin. Nous connaissions bien les Millette et, à l’instar de mes parents, ils travaillaient fort au service de la clientèle touristique.

Au fil des saisons, Gérard constata une évolution du marché ; les attentes des touristes — en nombre croissant — se précisaient, mais les Millette surent s’adapter.

En 1979, Gérard et Jacqueline proposèrent aux enfants de faire l’acquisition du commerce. Monique, Luc et Benoît répondirent à l’appel et les trois nouveaux propriétaires décidèrent de suivre une formation à l’Institut du tourisme et d’hôtellerie du Québec. Chacun aura sa spécialité : Monique, la gestion de la cuisine, Benoît, la gestion du personnel, et Luc, la gestion du bar et du service à la clientèle. La cabane à sucre Millette devint alors l’endroit incontournable pour célébrer l’arrivée du printemps et profiter des produits de l’érable.

Avec l’appui de Tourisme Laurentides, la famille Millette développera le marché hors saison au Québec, mais aussi à l’international. Alors que se développe une clientèle asiatique dans les Laurentides, ils créent un menu en Japonais. Ils offrent une visite guidée de l’érablière qui comprend une reproduction de la première cabane de leur ancêtre Odilon. Leur notoriété est telle qu’en 2002, ils accueilleront des représentants du G8. Ils remporteront également de nombreux prix touristiques.

Mais les temps changent et les aspirations des nouvelles générations ne sont pas toujours en accord avec celles qui les précèdent. Gérard, de son côté, affirme qu’il ne veut pas être là si l’entreprise passe dans d’autres mains. Un accord de vente est conclu le 15 mars 2013 et Gérard décède la nuit suivante. Depuis 2013, il en est passé de l’eau sous le pont et la propriété a fini par être revendue à un promoteur.

Le 13 juillet 2022, la cabane à sucre est rasée et Luc Millette assiste à ce dernier acte. De retour à la maison, il voit s’avancer dans la rue une grosse pelleteuse qui se dirige résolument dans sa direction. Le chauffeur en descend et lui dit en pointant la pelle « je pensais que vous aimeriez ça l’avoir » — il parlait de la pancarte « Cabane à sucre » qui, depuis les années soixante-dix, annonçait le commerce de toute une vie. La mère de Luc, Jacqueline, avait tracé les lettres et Luc en avait peint l’intérieur.

Quelle délicatesse de la part du chauffeur et quel doux souvenir.

 

Plus de cet auteur ? Cliquez sur sa photo ci-dessous.

Peter Duncan

 

Peter Duncan93 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

0 Commentaires

Laissez un commentaire

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password