La famille Forget : tissée serrée depuis 110 ans

En affaires depuis cinq générations, la famille Forget voue un grand respect aux réalisations de ses doyens qui sont parvenus à léguer un patrimoine exceptionnel à la relève. Alcide Forget, qui est à l’origine de toute cette aventure entrepreneuriale, vient au monde en 1885, à Saint-Sauveur. Il s’installe à Saint-Jovite en 1905.

Fromager de métier, Alcide réalise rapidement que le marché du bois est l’avenir dans la région. La Canadian International Paper Company (CIP) y connait déjà beaucoup de succès, mais une niche semble négligée. À la fin du 19e siècle, des colons s’installent sur des terres devant être défrichées afin d’être cultivées.

Le bois qu’ils coupent sert à construire leurs maisons et leurs granges, mais il en reste. Et s’ils veulent des planches, où aller ? Voyant là une opportunité d’affaires, Alcide se procure une turbine de la compagnie Furano de Plessisville et construit son premier moulin à scie le long du ruisseau Noir, appelé Black Creek à l’époque.

L’histoire raconte que cette machine générait suffisamment d’énergie pour alimenter en électricité la maison de la famille Forget et celle de leurs voisins, devenant ainsi les premiers citoyens du village de Saint-Jovite à en bénéficier. Soulignons que le châssis de cette machine à vapeur est resté sur place, sur la rue Coupal, à l’angle de la rue du Ruisseau.

La deuxième génération

Alcide et son épouse, Euphémie Renaud, auront quatre enfants ; Claude, Conrad, Hervé et Simone. Le commerce bénéficie de la proximité du chemin de fer bien qu’alors, le transport des matériaux se fasse par charrette tirée par des chevaux, et ce, jusqu’à la venue des véhicules motorisés. Rapidement, Alcide prépare la relève.

Il sait qu’il y a place à expansion et que ses enfants pourront vivre de ce qu’il a bâti.

Son fils aîné, Claude, épousera Bernadette Dubois, sœur de René Dubois (Villa Bellevue). Il prendra en main le commerce et le premier magasin Claude Forget matériaux de construction sera érigé en 1956.

Conrad deviendra entrepreneur. Celui-ci aura des mandats un peu partout au Québec. Localement, on peut notamment penser au Club Tremblant. Hervé exploitera pour sa part le moulin à scie au lac Quenouille. Quant à Simone, elle administrera le magasin 5-10-15, l’ancêtre du Dollarama, situé au même endroit que ce dernier.

Les planches produites au moulin excédent les besoins des fermiers, et comme elles sont d’une longueur de six pieds, Alcide décide d’en faire des tables à pique-nique qu’il vendra dans un petit local tout près du moulin à scie. Alcide est un homme fier, toujours bien vêtu et se tient bien droit. Il reflète le succès qu’il connait au village et inspire le respect.

En 1948, le moulin est ravagé par un incendie. Rapidement, on en construit un nouveau, toujours le long du ruisseau Noir.

La troisième génération

La troisième génération : Denis, Claudette, Normand, Gilles et Jean. © Coutoisie

Au cœur de cette famille tissée serrée, on s’épaule, on se soutient et on travaille à la croissance du commerce. La troisième génération, Claudette, Gilles, Jean, Normand et Denis assureront la direction de l’entreprise.

En 1979, la décision est prise de se joindre au groupe Dismat.

La stratégie est de continuer à promouvoir les produits maison tout en agrandissant leur marché avec de nouveaux articles.

Alcide sera témoin de cet accomplissement et il pourra s’éteindre en 1980 avec la satisfaction du devoir accompli. « Alcide prévoyait nos rôles, m’a confié Gilles.

Il nous voyait dans les postes que l’on a finalement occupés. C’était un visionnaire. »

Avec le développement du tourisme, les décennies qui suivirent amèneront une nouvelle clientèle. Celle-ci a des besoins qui demanderont à l’entreprise de se rapprocher de l’offre des grandes surfaces.

Cela se traduira en une plus grande sélection et des objets derniers cris.

En 2001, la compagnie compte 13 actionnaires. En 2003, une nouvelle énergie motivera le jumelage avec le groupe Rona.

Tourné vers l’avenir

Le commerce garde encore de nos jours sa griffe familiale. Aujourd’hui s’ajoutent la quatrième et la cinquième génération avec France, Julie, Benoit, Caroline et Valérie. Ils assurent la pérennité et continuent d’innover en répondant à la demande de leur clientèle.

Les connaissances et les compétences de chacun des membres de l’organisation sont valorisées et la notion de confiance est omniprésente, comme ce fut le cas tout au long de cette aventure générationnelle. Selon moi, leur engagement dans la communauté, qui fait partie de leur mission, est une des clés de leur succès.

J’imagine aisément le patriarche Alcide, tel que je le voyais à l’époque; impeccable au volant de sa Cadillac se garer devant cet imposant édifice, en descendre et constater avec fierté que sa vision était juste.

 

Du même auteur : L’aventure Pinoteau (Cliquez sur l’image)

 

Peter Duncan48 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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