Ingénieux castor

Emblème officiel du Canada, le castor qui figure sur les pièces de cinq cents est un véritable ingénieur de la nature. Les barrages qu’il établit sur les cours d’eau modèlent le paysage et favorisent la biodiversité. Ces constructions, uniques dans le monde animal, permettent au castor de contrôler le niveau d’eau pour accéder facilement aux arbres environnants et garder submergées les entrées de son abri.

En ralentissant le débit des ruisseaux, les barrages du castor réduisent l’érosion des berges, captent les sédiments et améliorent la qualité de l’eau. Les réservoirs ainsi créés et les canaux qu’il creuse parfois pour accéder aux sites d’alimentation assurent la présence d’eau lors des sécheresses, irriguent la forêt et réduisent les risques d’incendie tout en permettant au castor de s’enfuir rapidement en cas de danger.

Les étangs à castors attirent un cortège d’insectes, poissons, amphibiens, oiseaux et mammifères qui profitent de l’abondante végétation et de la faune qui y foisonne. En abattant les arbres autour de ces points d’eau, le castor éclaircit et régénère la forêt en favorisant la repousse. Le castor loge dans une hutte construite non loin de la rive ou appuyée sur la berge.

©AdobeStock

Cet abri est typiquement constitué d’un amoncellement de branches et de boue au milieu duquel le rongeur aménage une chambre d’un mètre de diamètre et 50 cm de hauteur. Il accède à son nid par une ou deux entrées situées sous l’eau.

Il peut aussi se creuser un terrier dans la rive du cours d’eau. La hutte abrite toute la famille, soit un couple d’adultes, qui restent ensemble toute leur vie, les jeunes d’un an et les petits de l’année.

En prévision de l’hiver, le castor recouvre sa hutte de boue pour bien l’isoler et accumule à proximité une quantité de branches qui sert de réserve alimentaire. Certaines particularités morphologiques facilitent le travail du plus gros rongeur d’Amérique du Nord.

Ses énormes incisives à croissance continue lui permettent de ronger les troncs d’arbres et découper les branches dont les feuilles, les bourgeons et l’écorce interne constituent l’essentiel de son régime alimentaire.

Les doigts agiles et griffus de ses pattes avant l’aident à transporter les pierres, la boue et le bois dont il fabrique sa hutte et son barrage. Sa queue écailleuse, large et aplatie, constitue un gouvernail efficace qu’il frappe parfois bruyamment à la surface de l’eau avant de plonger. Ses pattes arrière palmées lui servent d’avirons. Le castor peut rester immergé de longues minutes et ronger sous l’eau sans s’étouffer. Ses oreilles et ses narines sont munies de replis valvulaires qui se referment quand l’animal plonge, empêchant l’eau d’entrer.

Vulnérable sur la terre ferme, le castor doit craindre les grands prédateurs; loup, coyote, renard, ours, lynx, et se méfier des humains qui lui font la chasse depuis toujours. Sa fourrure a longtemps servi à la confection de chapeaux et de manteaux et joué un rôle central dans le développement de l’économie canadienne. Au 19e siècle, seules des mesures de protection drastiques ont pu empêcher la disparition de l’espèce dans nos régions.

Redevenu abondant, le castor habite souvent à proximité des habitations. Pour éviter les dégâts potentiels, on peut protéger le tronc des arbres avec un grillage et contrôler le niveau d’eau des étangs avec un système de tuyaux approprié.

Le castor est une vedette incontournable de l’Animalium, musée zoologique à Mont-Tremblant.

 

Du même auteur : L’intelligence du corbeau (Cliquez sur l’image)

 

Jacques Prescott83 Posts

Jacques Prescott est biologiste, professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et co-fondateur de l’Animalium, le musée zoologique de Mont-Tremblant. Spécialiste de la biodiversité et du développement durable, il est l’auteur de nombreux livres et articles sur la faune et la conservation de la nature. Il nous fait l’honneur de rejoindre notre équipe de collaborateurs et signera chaque mois une chronique intitulée Faune et flore. / Jacques Prescott is a biologist, associate professor with the Chair in Eco-Counselling of the Université du Québec à Chicoutimi, and co-founder of Animalium, the zoological museum of Mont-Tremblant. A specialist in biodiversity and sustainable development, he is the author of numerous books and articles about wildlife and nature conservation. He has honoured us by joining our team of contributors and will write a monthly column entitled Wildlife and Habitat.

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