Est-ce que les prédateurs tuent par plaisir ?

Les carnivores tuent parfois plus de proies que nécessaire pour s’alimenter eux-mêmes ou nourrir leurs petits. Ce comportement appelé « abattage en surplus » laisse croire que les prédateurs tuent par plaisir plutôt que par nécessité.

Qu’en est-il ? Chasser est exigeant et comporte des risques. Combien de lions ont été mortellement blessés par la corne du buffle ou la défense de l’éléphant convoité. Mais lorsque les proies sont nombreuses, qu’elles peuvent être attrapées aisément et sans danger, il arrive qu’un prédateur tue davantage de proies que ce qu’il est en mesure de consommer immédiatement.

Un renard ou une belette qui s’introduit dans un poulailler peut capturer de nombreux poulets, alors qu’un seul suffirait à combler ses besoins alimentaires. Ce comportement de chasse en surplus est commun à bien d’autres espèces comme l’hyène, le loup, l’ours, le léopard, le vison, le caracal et certains oiseaux de proie.

Les animaux tués en surplus sont souvent recouverts de neige, de débris végétaux, accrochés à la fourche d’un arbre ou regroupés dans une cache en vue d’être dévorés plus tard. S’il n’est pas dérangé, le renard retournera systématiquement au poulailler pour récupérer les poules une à une et les regrouper dans une cachette qu’il visitera en période de disette.

Chez les prédateurs vivant en familles ou en meutes, la capture de proies en surplus permet aussi de nourrir les autres membres du groupe. L’abattage en surplus comporte un autre avantage. La plupart des prédateurs apprennent à chasser en observant leurs parents et en les imitant. C’est une aptitude vitale qui s’apprend progressivement et que le carnivore cherche à améliorer lorsqu’il en a l’opportunité.

On a vu des prédateurs bien repus « jouer » avec une proie dans le but évident d’améliorer leur technique de chasse. La présence de nombreuses proies stimule les sens du prédateur et lui donne l’occasion de perfectionner son habilité de chasseur. L’abattage en surplus devient alors une activité d’apprentissage avantageuse.

Pour toutes ces raisons, il semble bien que les carnivores tuent par nécessité plutôt que par plaisir ou pure méchanceté. L’Animalium, musée zoologique à Mont-Tremblant, présente la plupart des animaux mentionnés dans cette chronique. Voyez par vous-même.

 

Du même auteur : Ingénieux castor (Cliquez sur l’image)

 

Jacques Prescott81 Posts

Jacques Prescott est biologiste, professeur associé à la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et co-fondateur de l’Animalium, le musée zoologique de Mont-Tremblant. Spécialiste de la biodiversité et du développement durable, il est l’auteur de nombreux livres et articles sur la faune et la conservation de la nature. Il nous fait l’honneur de rejoindre notre équipe de collaborateurs et signera chaque mois une chronique intitulée Faune et flore. / Jacques Prescott is a biologist, associate professor with the Chair in Eco-Counselling of the Université du Québec à Chicoutimi, and co-founder of Animalium, the zoological museum of Mont-Tremblant. A specialist in biodiversity and sustainable development, he is the author of numerous books and articles about wildlife and nature conservation. He has honoured us by joining our team of contributors and will write a monthly column entitled Wildlife and Habitat.

2 Commentaires

  • Pierre Reply

    janvier 18, 2021 at 7:29

    Un raton laveur entre dans un poulaillier et tue 30 poules (toutes les poules). Il quitte ensuite sans en amener une seule. Selon vous, est ce un cas de capture en surplus? Sachant que le raton laveur peut manger bien d’autres choses, ça donne l’impression que c’était par plaisir. Merci.

    • Tremblant Express Reply

      avril 14, 2021 at 12:07

      Bonjour, Vous avez raison, dans ce cas ce n’est plus un raton laveur mais un serial killer !
      Clt. Trex

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