Ernest Lajeunesse au cœur du village

Hôtel Saint-Jovite. ©Courtoisie

Il y a eu une génération d’hommes qui, trop jeunes pour être mobilisés pour la Seconde Guerre mondiale, se sont retrouvés à remplacer leurs aînés partis guerroyer. Ces jeunes hommes étaient précieux puisqu’ils pourvoyaient aux postes — peut-être inaccessibles en temps de paix — qui permettaient aux employeurs de continuer leurs activités. Même si les combattants de retour au pays reprenaient leur poste — certains préférant changer d’orientation —, l’offre étant importante, les jeunes retrouvaient facilement du travail.

Ernest Lajeunesse naît à Saint-Jovite le 3 mars 1932. Très jeune, il se dirige vers l’hôtellerie. À 19 ans, il travaille comme serveur à la salle à manger et au bar du Villa Bellevue. Le jeune homme est avenant et apprécié par la clientèle. Parmi ses clients habitués ; M. Harry C Stokes, un riche Américain qui passe énormément de temps dans la région pour y investir.

Stokes est propriétaire de l’hôtel Beauvallon et il observe de près le jeune Ernest et aime ce qu’il voit. Le jeune homme est à l’aise avec la clientèle. M. Stokes lui propose de travailler dans son établissement. C’est le début d’une longue et fructueuse association. Le Beauvallon est un endroit idéal été comme hiver. À quelques kilomètres des pentes pour les touristes d’hiver et à quelques mètres du lac Beauvallon pour les touristes d’été.

Dès le départ, la personnalité engageante d’Ernest attire les clients à la salle à manger comme au petit bar. Rapidement, il devient l’homme de confiance de M. Stokes. Ce dernier a de grands projets et il juge qu’Ernest est l’homme idéal pour l’aider à les mener à terme. En 1954, il lui propose de devenir responsable des opérations de l’hôtel Saint-Jovite — situé où se trouve aujourd’hui le marché d’alimentation Métro.

Ça bouge pour Ernest ; au travail bien sûr, mais aussi dans sa vie privée. Le 15 septembre 1956, il épouse Jacqueline Piché, également originaire de Saint-Jovite.

L’hôtel Saint-Jovite était une bonne adresse ; sa cuisine était excellente sous le chef Gérard Allarie — Mme Chauvin, la propriétaire de l’entreprise Durolam, y avait une table réservée où elle dinait tous les jours accompagnée d’un invité.

Le bar tenu par Aimé Lajeunesse (frère d’Ernest) était accueillant et jouissait d’une clientèle de locaux fidèles et de touristes. Les employés de l’hôtel Saint-Jovite étaient aussi d’une grande loyauté et y travaillèrent toute leur vie active. Souvenons-nous, entre autres, de Jean-Marie Dupras, Francine Perreault et Eugène La Victoire.

En 1957, M. Stokes décide de bâtir des chambres de motel très populaires à l’époque. Il lance la construction de la première phase comptant 15 unités. Pour faire place à celles-ci, il faut déplacer une maison située sur le terrain de l’hôtel — où habiteront Ernest et Jacqueline.

La maison est glissée sur des billots de bois jusqu’à l’arrière du terrain ; toute une opération ! Et c’est cette journée-là, le 3 octobre 1957, que naîtra l’aînée des enfants, Sylvie. Suivront Lyne le 8 avril 1961 et Pierre le 3 décembre 1962.

Charles Duncan, Ernest Lajeunesse, Maurice  Richard et le représentant de la bière Dow. ©Courtoisie

Harry Stokes, qui loge maintenant dans les unités de motel, continuera l’expansion et construira 19 nouvelles unités en 1962 et 13 unités en 1982.

Ernest, quoique très accaparé par ses responsabilités professionnelles, avait une grande passion : le golf. Toutes les belles journées d’été, il effectuait le parcours du golf Gray Rock. Non seulement il aimait jouer, mais il était un excellent joueur. Saison après saison, c’est son nom qui figurait sur la plaque remise au meilleur joueur du club. Parité oblige, sa sœur Lise Lajeunesse-Leblanc — tout aussi douée pour ce sport — était la meilleure joueuse du club.

Ernest était un homme pour qui l’amitié était d’une grande importance. Il était généreux et le manifestait souvent. À l’époque où je commençai à compétitionner pour l’équipe canadienne de ski alpin, le statut des athlètes amateurs interdisait toute forme de compensation monétaire. Forcément, la responsabilité des frais de la saison en Europe incombait à mes parents.

Je n’ai alors que 16 ans. Je travaille l’été, mais la somme requise pour faire partie de l’équipe est conséquente et gruge le budget familial. Malgré cette contrainte, mes parents me soutiennent et je suis conscient du sacrifice qu’ils font. Au retour de ma première année de compétition en Europe, Ernest nous invite, mes parents et moi, à souper à l’hôtel Saint-Jovite.

Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que la salle à manger était remplie d’amis de mes parents qui avaient organisé — avec Ernest Lajeunesse, Roger Godard, Marcel Dufour et Edgar Dufour — une levée de fonds pour financer ma participation à la prochaine saison de compétition en Europe. Ils avaient amassé la somme incroyable de 1 500 $ — nous étions en 1961.

Ernest Lajeunesse est décédé trop jeune à l’âge de 57 ans, le 12 mars 1989. Enfant unique, j’étais admis dans les activités sportives et sociales de mon père et conséquemment, je fréquentais ses amis. Au décès d’Ernest, je perdais non seulement un ami de mon père, mais aussi mon ami. Ernest Lajeunesse a passé sa vie au cœur du village de Saint-Jovite, mais il était surtout le cœur de Saint-Jovite.

 

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Peter Duncan

 

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Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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