Éloi Lefebvre et La Vallée de la Diable

Charles Duncan & Éloi Lefebvre. ©Courtoisie

Par nature, nous sommes intéressés par ceux qui nous entourent. Aujourd’hui, les communications sont faciles et parfois envahissantes. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps, le téléphone dans les maisons était un luxe et le journal local était presque le seul moyen – mis à part les rumeurs et les cancans – de prendre connaissance des évènements qui se déroulaient dans la communauté.

Éloi Lefebvre, fondateur du journal La Vallée de la Diable, est né le 30 avril 1915 à Orléans, en Ontario. Son père Adrien Lefebvre, forgeron, et sa mère Flore Dufresne élevèrent une famille de neuf enfants, dont Éloi était le cinquième. Il ne quittera l’Ontario que lorsqu’il sera appelé pour le service militaire pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il fera partie de la Canadian Air Force. Il était basé à Baltimore au Maryland où il effectuait la distribution des tracts de propagande destinés à informer la population américaine de ce qui se passait vraiment en Europe. Encore une fois, les communications étant ce qu’elles étaient, jeter des tracts du haut des airs en avion restait une façon simple de rejoindre le plus de monde possible. Peut-être est-ce à ce moment-là qu’il découvrit l’importance de l’information.

C’est sur la base militaire qu’il rencontrera la future mère de ses cinq enfants. Il épousera Lucette Lefebvre le 24 janvier 1941 et celle-ci reviendra à Montréal pour accoucher de son premier fils, Michel.

Alors qu’Éloi fait son devoir patriotique, son père prend sa retraite et s’établit à Saint- Jovite. Au retour d’Éloi dans la vie civile, lui et Lucette viennent l’y rejoindre. C’est ici que naîtront Marc, Luc, Linda et Yves.

Le 19 octobre 1950, Éloi ouvre une tabagie appelée Saint-Jovite Cut Rate. On peut s’y procurer bien sûr des produits du tabac, mais également des journaux, des revues et des bonbons, et toujours au meilleur prix. Le local abritera aussi La Vallée de La Diable, le journal local qui couvrait les Hautes-Laurentides.

Sa parution étant mensuelle, Éloi avait le temps de recueillir des informations d’intérêt régional. Ayant son bureau derrière le comptoir, il pouvait recueillir à chaud les dernières nouvelles colportées par les nombreux clients de la tabagie. Que ce soit une grosse pêche, un mariage, des promesses de politicien… il relatait tout.

Éloi avait également une façon bien à lui de glaner des nouvelles. Il avait trois sources importantes : l’Hôtel Saint-Jovite, Chez Papoose et l’Hôtel Chez Soi au lac Mercier. Inutile de préciser qu’Éloi était de commerce agréable, autant qu’il était courageux et engagé. Il travaillait comme pharmacien par intérim dans le sous-sol de l’hôpital Saint-Paul (aujourd’hui le Sushi Shack) pour les docteurs Marc Ouimet et Raymond Dupré.

Il était également organisateur politique au fédéral, et actionnaire et co-fondateur avec Léo Samson du circuit automobile Mont-Tremblant. Comme mon père et ses amis natifs de la région, Éloi aimait la nature et faisait partie du groupe fondateur du club chasse et pêche La Sauteuse sur le territoire du Lac-de-la-Maison-de-Pierre. Les expéditions de chasse étaient aussi une source de renseignements divers intéressants pour le journal.

Au début des années 50, Éloi était un des rares citoyens de Saint- Jovite à posséder un téléviseur. À cette époque, mes parents et moi habitions en permanence sur le versant nord du mont Tremblant. Chaque vendredi, nous quittions le versant nord pour prendre la seule route vers Saint-Jovite, par le lac Supérieur. Ma mère y venait pour faire ses emplettes – épicerie chez Richer, pharmacie Grignon et vêtements chez Joe Siméon. Pendant ce temps, mon père et moi, nous nous rendions chez Éloi pour regarder la boxe diffusée sur ABC. Nous encouragions nos héros tels Joe Louis, Archie Moore, Rocky Marciano et George Chuvalo – un rituel du vendredi soir très précieux pour moi.

Plus tard, il fut également commissaire à la cour supérieure du district de Terrebonne (à l’époque, de Saint-Jérôme à Mont-Laurier). Il a aussi contribué à de nombreuses organisations comme, entre autres, la Société canadienne du cancer.

D’après son fils Marc, Éloi savait optimiser le temps qui lui était imparti. Il le partageait entre sa famille, son travail, ses amis et la communauté. Venu de l’extérieur de la région, il sut s’intégrer facilement dans notre communauté. Décédé en février 1974, il a laissé en héritage l’histoire du quotidien des habitants de notre coin de pays.

Sans conteste, Éloi Lefebvre était un homme d’exception.

 

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Peter Duncan

 

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Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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