À la manière de Gaston Gervais

J’ai l’impression d’avoir toujours connu Gaston Gervais. Il s’est gravé dans les pages de ma vie et surtout, dans celles de mon père. Il faut dire que le père de Gaston a accouché ma grand-mère; la mère de mon père, en 1918. Mais revenons à nos moutons. Le docteur Eugène Gervais (1869-1919), natif de Saint- Roch-de-l’Achigan et fils de cultivateur, s’installa à Saint-Jovite en 1894 après des études en médecine.

Comme le disait si bien son fils Gaston; « Eugène est arrivé avec les gros chars ». En 1898, il épousa Anna Archambault, née à l’Assomption, fille d’un entrepreneur et bâtisseur d’églises. De cette union naîtront six enfants; Gaston 1899, Yvette 1900, Cécile 1901, Antoinette 1904, Paul 1907 et Henri 1911.

Le couple est influent. Anna, musicienne, contribue au développement de la culture de chez nous et c’est en son honneur que sera nommé l’auditorium de la Polyvalente Curé Mercure en 1983. Eugène, en plus de sa pratique médicale, exploite une ferme, un moulin à bois et un barrage générateur d’électricité sur le « Black Creek », le ruisseau Noir.

Gaston le mesureur

Pendant ce temps, Gaston faisait ses études classiques au collège L’Assomption (éléments français, éléments latins, syntaxe et méthode). En 1916-1917, il poursuivit ses études au Collège Rigaud. Lorsqu’Eugène mourut en 1919, Gaston, l’aîné, devint le chef de la famille. Il administrait les entreprises familiales pendant quelques années.

© Courtoisie

En 1924, il parvint à décrocher un diplôme de mesureur et put ainsi exploiter sa passion du grand air. Le métier de mesureur consistait à explorer de vastes territoires forestiers pour de grandes entreprises comme la CIP (Canadian International Paper), les scieries Roland et Mc Laren.

Ce travail revêtait une grande importance puisque le mesureur, en parcourant le territoire, évaluait le bois des arbres alors que ces derniers se tenaient dans leur état originel; droit, fier, bref; debout.

À la belle étoile

Leurs évaluations permettaient aux compagnies forestières de déterminer quelles seraient les installations nécessaires comme les camps pour loger les bûcherons, les routes pour sortir le bois coupé et de planifier la drave. Le territoire cédé à ces compagnies était immense et une section de celui-ci se retrouvait sous la responsabilité de Gaston.

Ce territoire s’étendait en grande partie dans le parc national du Mont-Tremblant et les forêts entourant le lac Monroe jusqu’aux limites de Saint-Donat. Vers le nord, ce territoire s’étendait jusqu’au village de l’Annonciation, devenu aujourd’hui Rivière-Rouge et au nord de l’Ascension, incluant la région du lac de la Maison de Pierre.

Le travail de Gaston s’effectuait presque toujours à pied… et en solo. Il transportait un minimum de victuailles dans un sac qui contenait également les outils du métier. Gaston se nourrissait du fruit de la pêche et de la chasse au petit gibier et les nuits se passaient souvent à la belle étoile. La vie du mesureur se passait en forêt 12 mois par année dans des conditions parfois très difficiles.

Une belle descendance

En 1926, Gaston épousa Armande Meilleur, fille de l’hôtelier Joe Meilleur et d’Aspasis Moranville. Pour vous situer, l’hôtel Meilleur était situé au bout de la montée Ryan à gauche, là où se trouvent aujourd’hui les tennis du Club Intrawest (Iroc).

Gaston et Armande auront trois enfants; Marc et Luc – qui feront tous deux partis de la GRC – et Francine, mère de famille. Ceux-ci leur donnèrent 13 petits-enfants et 15 arrières petits-enfants.

Seize lacs, seize amis

Les territoires que parcourait Gaston étaient également des paradis pour les chasseurs et les pêcheurs. Gaston connaissait tous les lacs, les poissons qui y frayaient et y mordaient. À son retour d’une longue sortie en forêt d’une durée de quelques semaines, Gaston contacta mon père et l’informa de sa découverte d’une série de petits lacs situés non loin de la rivière Rouge, au sud du lac de la Maison de Pierre.

La CIP y avait construit un important camp de bûcherons et une route pour s’y rendre. Quelques jours plus tard, Gaston et mon père s’y rendirent à pied et en revinrent tous deux enchantés. Ils rassemblèrent un groupe d’amis et se mirent à l’œuvre pour incorporer un territoire qui comprenait 16 lacs (16 amis). C’est ainsi que le club de chasse et pêche de la Sauteuse vit le jour.

Avant que vous ne sautiez aux conclusions, je vous assure qu’il ne s’agissait pas d’un club de danseuses exotiques, mais plutôt d’un endroit où les poissons, lorsqu’ils se nourrissaient de mouches et d’insectes, sautaient et provoquaient de gros bouillons à la surface de l’eau.

Je vous raconterai la suite de l’histoire de Gaston Gervais, ce grand homme qui grava ma mémoire à jamais, dans l’édition de septembre.

À très bientôt !

 

Du même auteur : À la manière de Gaston Gervais, deuxième partie (Cliquez sur l’image)

 

Peter Duncan44 Posts

Membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, skieur professionnel de 1971 à 1979 et champion américain en 1965, Peter Duncan a participé aux Jeux olympiques de 1964 à Innsbruck ainsi qu’à ceux de 1968 à Grenoble. Intronisé au Temple de la renommée du ski au Canada, au Panthéon des sports du Québec et récipiendaire de la médaille du gouverneur général, Peter a longtemps été commentateur de ski à la télévision./ Peter Duncan is a Canadian former alpine skier who competed in the 1964 and the 1968 Winter Olympics. He was named to the Canadian National Alpine Team in 1960 at the age of 16 and competed at the national level for the next 10-years until 1970 before retiring.

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