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Les internautes à court de vitesse

Guillaume Vincent

Publié le:

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Les Canadiens qui ont fait le choix de vivre hors des grands centres doivent composer avec une triste réalité; celle d’une offre de services en télécommunications déficiente. Et les Hautes-Laurentides ne font bien sûr pas exception.

C’est d’ailleurs le principal cheval de bataille du député de Laurentides-Labelle, David Graham, qui s’escrime à trouver des solutions pour améliorer l’accès à Internet haute vitesse dans les Laurentides. Un enjeu crucial, selon lui, « car une région déconnectée se dévitalise, sans aucune autre forme de procès ». Outre le fait que plusieurs résidents demeurent, jusqu’à un certain point, déconnectés du reste du monde numérique, les PME et les travailleurs autonomes, faute de vitesse, ne peuvent prétendre à une compétitivité suffisante face à une concurrence connectée et désertent donc les régions, ou ne s’y installent tout simplement pas.

Le Canada à la traine
À plus ou moins long terme, l’objectif de M. Graham est que tous les Canadiens, quel que soit l’endroit où ils habitent, puissent bénéficier d’un service Internet à haute vitesse équivalent à celui que l’on retrouve dans les villes. Selon lui, seul un changement d’attitude émanant de tous les paliers du gouvernement, conjugué à une participation des acteurs de l’industrie, permettra d’y arriver.

« Le service Internet haute vitesse dans l’ensemble des régions du Canada est déficient, déplore M. Graham. On retrouve, dans plusieurs pays d’Afrique, un meilleur service Internet qu’au Canada. C’est pourtant fondamental. Il s’agit d’un service de télécommunication que tous les Canadiens sont en droit de recevoir. »

Un pas de plus vers une égalité numérique
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) abonde en ce sens et a reconnu, le 21 décembre dernier, que l’accès à Internet à large bande est désormais un service de télécommunication de base. « Une connexion numérique fiable et de grande qualité est essentielle à la qualité de vie des Canadiens et de la prospérité économique du Canada », a déclaré, par voie de communiqué, Jean-Pierre Blais, président et premier dirigeant du CRTC.

L’organisme de régulation réclame que les Canadiens aient accès à une option de forfait à données illimitées pouvant atteindre des vitesses d’au moins 50 Mb/s pour le téléchargement et 10 Mb/s pour le téléversement. Aux fins de comparaison, nous avons noté un maximum de 19 Mb/s pour le téléchargement dans le secteur St-Jovite de Mont-Tremblant.

Un fonds de 750 M$ s’ajoute à un autre de 500 M$
Dans la foulée de cette décision, le CRTC a annoncé la création d’un fonds de 750 millions $ destiné à assurer que d’ici 2021, 90% des petites entreprises et des domiciles canadiens aient accès à des services Internet fixes à large bande.  

Cette décision du CRTC survient alors que le gouvernement fédéral annonçait, le 15 décembre dernier, la création d'un fonds de 500 millions $ pour soutenir la construction d'infrastructures pour Internet à large bande dans les régions éloignées et rurales.

L’or numérique
Il est toutefois regrettable que le CRTC n’ait fixé aucune limite de prix aux fournisseurs de service. À moins que la situation ne soit corrigée par l’organisme de régulation, ces derniers pourront donc continuer d’exiger de leurs consommateurs des prix jugés excessifs par les observateurs.

À titre d’exemple, Bell, qui enregistre des profits record, va jusqu’à charger 4$ du gigaoctet (Go) supplémentaire alors qu’il ne lui en coute que 0,01$ par Go. Visionner quatre films de trop en seulement un mois sur la plateforme numérique Netflix – qui utilise jusqu’à 3 Go par heure – peut donc couter à un client de Bell, soumis à une limite de bande passante, 100$ de plus sur sa facture.

« Actuellement, Bell, Rogers et Telus accumulent conjointement 10 milliards de profit par an. Le fonds de 500 M$ en cinq ans ne représente qu’un pourcent de leurs profits annuels. Il y a une énorme différence », fait valoir M. Graham.

Notons pour terminer que le CRTC a récemment changé les règles concernant les données en vrac. Cela a permis aux différentes petites compagnies comme Acanac ou B2B2C – qui achète leur Go auprès de revendeurs tels que Bell – de baisser leur prix. À bon entendeur.

Photo : David Graham